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Notre ochlocratie schizoïde

Par J.R. Nyquist

« Le nominalisme d’un dogme qui s’est séparé de l’expérience (…) est devenu la forme dominante de l’Occident parce qu’il a été, à partir du XVIIIe siècle, adopté comme la forme intellectuelle de l’idéologisation. »

ÉRIC VOEGELIN [i]


« Le résultat pratique de la philosophie nominaliste est de bannir la réalité perçue par l’intellect et de poser comme réalité ce qui est perçu par les sens. Avec ce changement dans l’affirmation de ce qui est réel, toute l’orientation de la culture prend un tournant… »

RICHARD WEAVER [ii]


« Les individus psychopathes restent généralement à l’écart des organisations sociales caractérisées par la raison et la discipline éthique. »

ANDREW M. LOBACZEWSKI

Pour paraphraser Richard Weaver, voici un autre essai sur la dissolution de l’Occident. Il s’agit d’un récit de dissolution basé non pas sur l’analogie mais sur la psychiatrie et la philosophie. Il soutient que nous avons cédé à la pensée défaillante de personnes défaillantes au sein d’une « Ère de l’idéologie »; c’est-à-dire une ère de mensonge politique. Le résultat est une ochlocratie coupée en deux moitiés se faisant la guerre. [iv]

Les consommateurs n’aiment pas entendre parler de la dissolution de l’Occident. Ils préfèrent lire « la fin de l’histoire » par quelqu’un comme Francis Fukuyama, ou la victoire dans les urnes de leur candidat préféré. Quiconque écrit sur « la dissolution de l’Occident » est pris pour un pessimiste – et à quoi sert un pessimiste ? Rien n’est possible pour les pessimistes. Ce qui est toujours souhaité, dans la politique « démocratique », c’est un point de vue optimiste. Malheureusement, cet anesthésiant est synonyme d’aveuglement à la réalité. Bien sûr, l’optimisme est utile. Il graisse les roues d’une machine vouée à l’échec. Il permet à l’argent de continuer à couler via un système d’investissement et de rendement.

Mais ceux qui tirent espoir du fonctionnement continu du système économique se trompent. Le système économique dépend de structures spirituelles et culturelles qui, aujourd’hui, dysfonctionnent. De ce fait, le système est condamné à l’effondrement. Pour cette raison, l’Amérique est de moins en moins le pays de la liberté et la patrie des braves. Prenez par exemple certains des développements les plus frappants de ces dernières années: 1- Selon notre Cour Suprême, le mariage n’est plus l’union d’un homme et d’une femme, 2- La vie d’un nouveau-né n’est plus sacrée et 3- Personne ne veut sérieusement contrecarrer les plans des ennemis de notre pays, que ces derniers soient étrangers ou intérieurs.

Nous pourrions faire une liste plus longue de mauvais signes et de symptômes graves. Pourtant, les trois éléments énumérés ci-dessus suffisent à montrer que nos institutions s’effondrent dans une sorte de folie collective. L’optimisme, dans ces conditions, n’est qu’une affirmation de la folie. Le fait de se faire enfumer par la grandiloquence optimiste de Sean Hannity et de Rush Limbaugh, a transformé –pendant de nombreuses années- cette folie en divertissement. Nous aurions dû comprendre que l’optimisme politique en tant que divertissement est dangereux. Une forme plus saine de divertissement, et de surcroit conforme à la réalité, aurait du consister à coincer une chaussette en sueur dans la bouche de Sean Hannity, l’arrêtant ainsi au milieu d’une phrase : Oui, Sean. Reagan a gagné la guerre froide. Maintenant, sucez cette chaussette moite.

Un leader d’opinion ne devrait pas être vulgaire au point de se féliciter de sa propre décadence, de sa superficialité et de sa crédulité. C’est pourtant ce que nos leaders d’opinion réputés conservateurs ont fait, encore et encore, au cours des trente dernières années. Et qu’a donné cet optimisme? L’incapable John Fetterman de Pennsylvanie se dirige vers le Sénat des États-Unis. Joseph Biden est à la Maison Blanche. La Russie a envahi son voisin et il y a la guerre en Europe. Où est passé tout cet optimisme virevoltant ? – Qu’est-ce que cette auto-illusion immonde a apporté ? – Quel remède cet anesthésiant a-t-il apporté ?

Considérez ceci – les fanatiques du climat ont l’intention de fermer nos raffineries de pétrole. Ils sont même déjà en train d’arrêter notre production de charbon. En effet, le gouvernement des Etats-Unis souhaite mettre en œuvre un programme climatique « durable » dans lequel nous resterons tous assis dans le noir à nous geler (voir l’Allemagne, par exemple). Pendant ce temps, nos militaires, hommes et femmes, sont obligés de prendre une injection qui ne prévient ni n’arrête la propagation d’une maladie – une injection dont la sécurité n’a pas été correctement testée. Pourtant, le gouvernement américain maintient que les vaccins sont sûrs. Dans cette affaire, si vous remettez en cause la parole du gouvernement, vous êtes censuré sur les médias sociaux, voire banni de ces derniers. Des forces puissantes s’opposent à toute enquête officielle sur les vaccins. Si vous êtes un professionnel de la santé, vous pouvez perdre votre licence médicale pour avoir remis en question les vaccins – comme le Dr Peter McCullough, qui a perdu la sienne. Si vous êtes dans l’armée américaine et que vous refusez le vaccin, votre carrière peut immédiatement prendre fin. Le gouvernement des États-Unis, le Pentagone et nos plus hautes autorités médicales étaient censées avoir l’obligation éthique de suivre le Code de Nuremberg quant à l’expérimentation humaine. Mais aujourd’hui, ils ne croient vraisemblablement pas en une telle obligation. Le premier point du Code de Nuremberg stipule que « le consentement volontaire du sujet humain est absolument essentiel » et que les patients « doivent être dans une situation telle qu’ils puissent exercer librement leur choix, sans l’intervention d’aucun élément de force, de fraude, de tromperie, de contrainte, de pression ou d’autres formes ultérieures de contrainte ou de coercition ; et doivent avoir des connaissances suffisantes (…) pour prendre une (…) décision éclairée ». Comme tout le monde le sait, les « vaccins COVID » expérimentaux ont été imposés aux citoyens avec tout ce qui précède: fraude, tromperie, contrainte, pression, etc. Il ne fait aucun doute que cela dure encore, et que ceci est du totalitarisme. Alors, qu’est-il arrivé à « Morning in America » ? Quelle était donc la signification de tout cet optimisme quant à la « victoire » lors de la Guerre Froide ?

Une société libre, avec un état de droit digne de ce nom, encourage le débat et la discussion. Mais notre système n’encourage justement plus le débat et la discussion. Et maintenant, il y a trois questions qu’il nous est interdit de poser: 1- Le changement climatique est-il réel ou s’agit-il au contraire d’un sabotage économique? 2- Si les vaccins sont sûrs et efficaces, pourquoi les gens signalent-ils des décès et des effets secondaires? Et 3- Si nous voulons des élections justes et libres, pourquoi refusons-nous d’exiger le vote en personne sur présentation préalable d’une pièce d’identité?

Il n’y a pas si longtemps, nous étions libres de remettre en question tout et n’importe quoi. Mais soudain, les règles ont été changées. Nous sommes maintenant obligés de blacklister les gens, de ruiner leur carrière – de les diaboliser ou de les démonétiser. Après tout, quiconque n’est pas d’accord avec le récit officiel est une menace publique, voire un ennemi public. Les personnes qui soulèvent ces questions sont rendues aphones et invisibles. On nous dit de les dénigrer. Et tout ceci se fait au nom de la science, de la santé publique et de la démocratie.

On aurait pu penser que ce tournant totalitaire eût déjà entraîné une guerre civile ou un soulèvement général du peuple. Mais non. La résistance a été sporadique, en particulier dans l’armée américaine. Nos institutions et les personnes qui les composent sont marquées par le matérialisme et le carriérisme, le voyeurisme et le sens du détachement. Mais plus encore, la société moderne a été envahie par la « pathocratie », définie par le psychiatre Andrew M. Lobaczewski comme un mode de gouvernement issu d’une période de crise spirituelle, caractérisée par une « intensification de l’hystérie », une dégénérescence de la raison et la désintégration des structures sociales. Lobaczewski écrit que « Chaque société dans le monde contient des individus dont les rêves de pouvoir surgissent très tôt… Ils sont généralement discriminés d’une manière ou d’une autre par la société. Ces rêves de pouvoir représentent une surcompensation du sentiment d’humiliation…». Ceux qui sont à l’origine de la pathocratie sont généralement des schizoïdes ; c’est-à-dire des personnes caractérisées, entre autres, par une distanciation émotionnelle et des habitudes solitaires [v]. Une vague croissante de la pensée schizoïde, selon Lobaczewski, doit beaucoup à une époque historique dominée par des doctrines religieuses et politiques fixes. « Une telle période historique est toujours caractérisée par une vision psychologique appauvrie du monde, de sorte qu’une vision psychologique du monde appauvrie par la schizoïdie ne soit pas perçue comme étrange durant de telles périodes et soit monnaie courante ». [vi]

Cela aide à expliquer, en partie, ce qui nous est arrivé. Nous avons cédé à la pensée défaillante de personnes défaillantes. Et ce sont ces personnes défectueuses qui dirigent nos institutions. Lobaczewski décrit les schizoïdes comme des « individus doctrinaires » qui « manifestent un certain mépris à l’égard des moralistes… prêchant la nécessité de redécouvrir les valeurs humaines perdues ». Les envoûteurs schizoïdes fanatiques qui proposent des nouvelles idéologies à partir de leurs propres schémas de pensée défectueux, attirent généralement comme adeptes des personnalités caractéropathiques. Celles-ci transforment les idées anormales du schizoïde en action politique. Lobaczewski explique que « ce processus tend à s’intensifier avec le temps ». Finalement, les individus paranoïaques deviennent actifs dans le nouveau « mouvement ». Et, vers la fin du processus, « un individu atteint de caractéropathie du lobe frontal [vii] et du plus haut degré d’égoïsme pathologique peut facilement prendre le leadership. » [viii]

Les doctrines schizoïdes avancées par les envoûteurs gagnent du terrain en raison de leur nouveauté. Elles gagnent également en popularité parce que les nouvelles doctrines sont construites pour les névrosés, les hystériques et les psychopathes (qui sont de plus en plus nombreux). En prétendant atténuer l’aliénation sociétale dominante par la promesse d’une autonomisation politique, l’idéologie du schizoïde attire une foule politique dans son orbite. Les personnes anormales et aliénées, écrit Lobaczewski, s’incrusteront « dans une organisation humaine où elles deviendront des zélateurs pour une idéologie, des fanatiques religieux, des matérialistes ou des adeptes d’une idéologie aux caractéristiques sataniques. » [ix]

Bien sûr, les « penseurs » schizoïdes sont généralement considérés comme des excentriques. Néanmoins, leurs idées contaminent facilement les personnes qui souffrent d’un trouble de la personnalité. Le penseur schizoïde trace la voie du succès lorsqu’il est persistant, fanatique et égoïste. Selon Lobaczewski, « Karl Marx est la figure la plus connue de ce genre ». Frostig, un psychiatre de la vieille école, a inclus Engels et d’autres dans une catégorie qu’il a appelée les “fanatiques schizoïdes barbus”. Ces personnes, ajoute-t-il, ont été très actives au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Lobaczewski a fait remarquer que ceux qui gravitent autour d’un modèle de pensée marxiste illustrent « une appréhension schizoïde de la réalité ». On peut en dire autant des principaux écrivains et « penseurs » antisémites qui ont inspiré Hitler et le mouvement national-socialiste. S’appuyant sur un « schéma d’idées simplifié à l’extrême, dépourvu de couleur psychologique et basé sur des données facilement disponibles ». les écrits du schizoïde sont particulièrement attrayants pour les névrosés et les psychopathes.

Naturellement, Schizodia n’est pas le seul facteur responsable des maux politiques d’aujourd’hui. Elle n’est qu’un des facteurs d’origine. Par ailleurs, nous n’avons pas besoin d’utiliser le langage de la psychiatrie pour décrire les personnes à l’origine des idéologies totalitaires. Il existe d’autres façons de les caractériser (qui n’impliquent pas l’utilisation d’épithètes psychologisantes). Eric Voegelin, par exemple, a décrit ces personnes –en ce inclus Karl Marx- en termes de maladie spirituelle (par opposition à la maladie psychiatrique). Voegelin préférait voir les « schizoïdes » de Lobaczewski comme des personnes moralement responsables, engagées dans un comportement malhonnête et auto-glorifiant. Il a donc décrit Marx comme un [escroc] et ses partisans comme des criminels qui «tuent des gens pour le plaisir » plutôt que comme des patients ayant besoin de traitement ou de compassion. Dans la pratique, tous les régimes marxistes se sont livrés à des tueries. Comme l’a expliqué Voegelin, « leur foi et leur volonté de sacrifier le peuple […] ne peut se terminer que par des horreurs de la destruction physique – que nous connaissons grâce au cas Hitler. » [x]

Pourquoi les mouvements idéologiques sacrifient-ils des individus pour le pouvoir ? Tout simplement parce que l’idéologie est une question de pouvoir. Par conséquent, l’idéologie n’a rien à voir avec la vérité (car la vérité et le pouvoir sont souvent à contre-courant). L’idéologie, disait Voegelin, « est un phénomène de malhonnêteté intellectuelle ». Même ceux qui adoptent des idéologies ne sont pas honnêtes car, note Voegelin, « quiconque est prêt à lire la littérature des idéologies sait qu’elles ne sont pas défendables, et il sait aussi pourquoi elle ne le sont pas. » [xi]

Alors que Lobaczewski discute du mal politique en termes d’anomalies physiologiques du psychopathe, Voegelin commence par se demander pourquoi tant de gens normaux embrassent l’idéologie et les maux qui l’accompagnent. La malhonnêteté intellectuelle en matière politique n’est pas simplement le résultat de la partisanerie, a-t-il expliqué. Au contraire, l’idéologie est bien plus profonde que la partisanerie. En effet, la société moderne est imprégnée d’idéologie et envahie par des idéologues qui se battent constamment les uns contre les autres. Par conséquent, la société moderne est chargée de mensonges politiques. Un seul exemple devrait suffire. Le mot même de « démocratie » est un mensonge dans la bouche de la plupart des gens, car ils ne savent pas ce qu’est la démocratie, ni ce qu’elle signifie moralement; Et ils n’ont d’ailleurs jamais vécu sous une démocratie. Par conséquent, le mot démocratie, sur leurs lèvres, a une signification sinistre. En raison de ce type d’usage, une grande partie de notre discours politique actuel est du charabia. Nous parlons avec des mots qui prétendent signifier quelque chose alors qu’ils ne signifient rien. Voegelin a écrit qu’il avait résumé le problème par la formule suivante : « il existe des situations intellectuelles où tout le monde a tellement tort qu’il suffit de soutenir le contraire pour avoir au moins partiellement raison. » [xii]

Puisque toutes les idéologies sont intrinsèquement malhonnêtes, et que presque tout le monde est corrompu par cette malhonnêteté, la société a largement perdu le contact avec la réalité politique. Tout ayant été réduit à un faux récit d’une sorte ou d’une autre, et tout le monde étant hypnotisé pour accepter ces faux récits, nous arrivons à une situation dans laquelle la malhonnêteté intellectuelle a été normalisée. Une fois la malhonnêteté normalisée, les psychopathes contre lesquels Lobaczewski a mis en garde se manifestent. La politique devient leur terrain de jeu. Et c’est là que la situation devient sanglante. Selon Voegelin:

« Ce qui est amusant [dans le fait de tuer des gens], je ne l’ai pas tout à fait compris à l’époque, mais dans les années qui ont suivi. L’exploration approfondie de la conscience révolutionnaire a jeté un peu de lumière sur cette question. Le plaisir consiste à acquérir une pseudo-identité en affirmant son pouvoir, de manière optimale en tuant quelqu’un – une pseudo-identité qui sert de substitut au moi humain qui a été perdu. » [xiii]

Voegelin cite ensuite le travail d’Albert Camus, qui a exploré « l’équanimité meurtrière des intellectuels qui ont perdu leur moi et tentent de le reconquérir en devenant proxénètes pour tel ou tel pouvoir totalitaire meurtrier. » Selon Voegelin, « si quelque chose est caractéristique des idéologies et des penseurs idéologiques, c’est la destruction du langage, tantôt au niveau du jargon intellectuel d’un haut niveau de complication, tantôt au niveau vulgaire. »
En discutant de ce problème à propos de Karl Marx et Friedrich Hegel, Voegelin a déclaré que Marx était un criminel qui avait soif de sang humain : « À ma manière non civilisée d’homme qui n’aime pas assassiner des gens dans le but de faire s’amuser les intellectuels, j’affirme carrément que Marx était consciemment un escroc intellectuel dans le but d’entretenir une idéologie qui lui permettrait de soutenir une action violente contre des êtres humains avec une démonstration d’indignation morale. » [xiv]

C’est là que le discours philosophique de Voegelin se mêle aux diagnostics psychiatriques de Lobaczewski. Voegelin a explicitement déclaré qu’une [perturbation mentale se cache derrière » les écrits et les activités révolutionnaires de Marx ; mais plus encore, note Voegelin, cette perturbation mentale a une composante spirituelle dans la mesure où l’escroquerie de Marx refuse catégoriquement « d’entrer dans l’argument étiologique d’Aristote – i.e. sur le problème que l’homme n’existe pas hors de lui-même mais hors du fondement divin de toute réalité. » Marx savait que le problème central d’une philosophie de l’homme était le rapport de l’homme à la divinité. En niant l’existence de Dieu, Marx cherchait à « détruire l’humanité de l’homme en faisant de lui un “homme socialiste” ». [xv]

En d’autres termes, Marx cherchait à déshumaniser l’humanité. Sa formule consistait à justifier le meurtre au nom de la révolution – parce que certaines personnes pensent que le meurtre est amusant. Sa justification, du début à la fin, est un brillant non-sens. Une brillante absurdité. Peu importe que les partisans de Marx ne comprennent pas cela. Selon Voegelin, les disciples de Marx aujourd’hui ne sont pas assez intelligents ou éduqués pour comprendre la méthode de Marx ou son objectif sous-jacent. Voegelin note que « lorsque nous avançons au-delà de Marx vers les épigones idéologiques de la fin du XIXe et du XXe siècle, nous sommes déjà bien en dessous du niveau intellectuel qui formait l’arrière-plan même de Marx ». Telles sont les créatures de l’ochlocratie (c’est-à-dire la loi de la foule, ou celle « du plus grand nombre »). Les adeptes de Marx détestent les gens qui ont des connaissances réelles, ou les gens qui se soucient de la vérité. Ils ne sont pas intéressés par le débat. Leur environnement social, a noté Voegelin, « est dominé par des personnes qui ne peuvent même pas être qualifiées d’escrocs intellectuels parce que leur niveau de conscience est beaucoup trop bas pour être conscients de leur malhonnêteté objective, mais qui doivent plutôt être caractérisées comme des analphabètes fonctionnels avec un fort désir de gloire personnelle.» [xvi]

Il semble que Lobaczewski et Voegelin aient décrit avec précision les artisans de notre monde politique moderne. La crise de la modernité, tant pour le psychiatre que pour le philosophe politique, provient de personnes qui sont moralement et/ou intellectuellement déficientes. Pour réconcilier le psychiatrique avec le philosophique, permettez-moi de suggérer que la folie est une sorte de mal alors que le mal est une sorte de folie. « L’acceptation pathologique d’écrits schizoïdes ou de déclarations d’autres déviants brutalise souvent les concepts de l’auteur et promeut des idées de force et de moyens révolutionnaires », écrit Lobaczewski. « Le passage du temps et l’expérience amère n’ont malheureusement pas empêché ce malentendu caractéristique né de la créativité schizoïde du XIXe siècle, avec les œuvres de Marx en tête, d’affecter les gens et de les priver de leur bon sens ». [xvii]

Ce qui commence par l’idéologie du schizoïde se termine par l’Etat policier du psychopathe – qui tue parce que tuer est amusant. À titre d’exemple, Voegelin a écrit que « le phénomène d’Hitler ne s’épuise pas dans sa personne. Son succès doit être compris dans le contexte d’une société intellectuellement et moralement ruinée dans laquelle des personnalités qui, autrement, seraient grotesques et marginales, peuvent accéder au pouvoir public parce qu’elles représentent superbement le peuple qui les admire ». [xviii]

Et c’est ainsi que nous devons comprendre le sénateur John Fetterman et tant d’autres de nos politiciens. En règle générale, ce sont les représentants grotesques d’une société intellectuellement et moralement ruinée. Selon Voegelin, l’élévation de personnalités grotesques à de hautes fonctions est un symptôme de « destruction interne ». En ce qui concerne Hitler et les Allemands, Voegelin explique que « cette destruction interne d’une société n’a pas été terminée avec la victoire alliée sur les armées allemandes lors de la Seconde Guerre mondiale, mais se poursuit toujours. Je devrais dire que la destruction contemporaine de la vie intellectuelle allemande, et en particulier la destruction des universités, est la conséquence de la destruction qui a porté Hitler au pouvoir et de la destruction opérée sous son régime ». Voegelin ajoute qu’ «Il n’y a pas encore de fin en vue en ce qui concerne la désintégration de la société, et des conséquences surprenantes sont possibles ».

Il ne fait aucun doute qu’un processus de destruction interne se poursuit (et pas seulement en Allemagne). Et ceux qui font remonter leur lignée idéologique à Karl Marx ne sont pas les seuls coupables. Toute idéologie est offensante dans la mesure où l’on ne peut pas combattre un mensonge avec un autre – Car les mensonges sont interchangeables et peuvent être substitués les uns aux autres, faisant progresser le processus de destruction interne. La vérité est ce dont nous avons besoin. Mais alors, la vérité exige des gens honnêtes, des gens non idéologiques, dont le langage n’a pas été corrompu par des slogans de “bien-être” et des dogmes nominalistes.

Une partie de la réponse se trouve dans l’opposition aux mensonges, aux demi-vérités et au langage corrompu qui prévalent. Pour s’opposer aux politiques maléfiques, il faut un langage clair. La clarté est la clé. La clarté est l’ennemi du psychopathe obscurcissant qui veut transformer la politique en un jeu consistant à « tuer pour le plaisir ». Le psychopathe en politique, comme le psychopathe dans la vie quotidienne, peut être reconnu par les éléments suivants :

1- des comportements qui entrent en conflit avec les normes sociales ;
2- le mépris ou la violation des droits d’autrui ;
3- l’incapacité à distinguer le bien du mal ;
4- la difficulté à montrer des remords [authentiques] ou de l’empathie ;
5- la tendance à mentir souvent ;
6- la manipulation et le fait de blesser autrui ;
7- des problèmes récurrents avec la loi ;
8- un mépris général à l’égard de la sécurité et de la responsabilité ;
9- manifestations régulières de colère et d’arrogance. [xix]

Il ne reste au lecteur qu’à relier les points qui lient, par exemple, la défense des LGBTQ à l’avortement ; qui lient l’avortement à l’obligation de vaccins dangereux ; qui lient les vaccins dangereux à la “science” du réchauffement climatique ; qui lient la “science” du réchauffement climatique à la révolution socialiste ; qui lient la révolution socialiste à la fin de l’Amérique.

Il y a des raisons pour lesquelles notre société est en déclin, que notre gouvernement est malhonnête, que nos institutions sont défaillantes. Quelles que soient les forces psychiatriques ou philosophiques à l’œuvre derrière ce déclin, aucune force intérieure compensatrice n’est apparue qui puisse arrêter nos idéologues. Ce que nous avons aujourd’hui est ce que Voegelin a appelé « une force sociale massive de malhonnêteté intellectuelle agressive qui pénètre le monde universitaire, ainsi que d’autres secteurs de la société… » [xx] Pourtant, il y a plus que cela. Ce qui se développe maintenant à partir de la ruine de la République – comme dans toutes les Républiques en ruine – est une ochlocratie (c’est-à-dire la loi de la foule). Seulement, dans notre cas, deux ochlocraties antagonistes émergent simultanément. La première d’entre elles est animée par un pseudo-marxisme grotesque et fonctionnellement analphabète, tandis que l’autre provient de personnes dont la « pensée » a été formée par la télévision et qui cherchent le salut politique auprès d’un personnage de télé-réalité. Laquelle de ces ochlocraties remportera la palme ? Les deux sont incapables de gagner autre chose qu’un lot de consolation.

Quiconque étudie la situation actuelle ne peut que conclure que nous ne vivons plus sous une République ; Car l’histoire républicaine est pleine de brillants orateurs, de champions courageux et d’hommes aux principes inébranlables ; des hommes comme Marcus Furius Camillus, Lucius Quinctius Cincinnatus, Quintus Fabius Maximus, etc. Quand l’Amérique était une république, nous avions les portraits de George Washington, Alexander Hamilton et John Quincy Adams. Même pendant la guerre de Sécession, lorsque l’Amérique s’était transformée en deux républiques, nous avions des personnalités telles que Robert E. Lee, Thomas Jackson, Abraham Lincoln et Ulysses S. Grant. De quelles figures comparables disposons-nous aujourd’hui ? Selon toute vraisemblance, nous vivons dans un désert politique de médiocrités et de clowns.

Les héros ne peuvent pas émerger sous l’ochlocratie parce que la foule suit la logique de ses dirigeants caractériels (ou caractéropathes). Comme Lobaczewski l’a observé, ces dirigeants imitent la sincérité. « C’est une seconde nature pour eux de jouer un rôle et de se cacher derrière le masque des gens normaux ». [xxi] Ils gravitent autour de mouvements qui prêchent « la révolution et la guerre contre ce monde injuste qui leur est si étranger ». Même un mouvement contre-révolutionnaire peut servir le désir intérieur du psychopathe de « tuer pour le plaisir ». La descente aux enfers qui en résulte, note Lobaczewski, est due à une « maladie mystérieuse » qui sévit à l’intérieur du système politique. Le gouvernement des psychopathes, par les psychopathes et pour les psychopathes, avance « par des moyens révolutionnaires au nom de la liberté, du bien-être des gens et de la justice sociale… ». Ce qui se passe à la fin, cependant, c’est que « l’homme ordinaire est blâmé pour ne pas être né psychopathe, et est considéré comme bon à rien, sauf à travailler dur, à se battre et à mourir pour protéger un système de gouvernement qu’il ne peut ni comprendre suffisamment ni jamais considérer comme le sien ». [xxii]

Les psychopathes peuvent facilement s’emparer des formations ochlocratiques. Leur égoïsme impitoyable leur permet de balayer le héros, le résolveur de problèmes et l’homme d’État. Les solutions ne sont pas nécessaires sous la pathocratie ochlocratique, puisque l’effondrement de la société et la guerre civile sont souhaités par les dirigeants pour leur propre bien, leur propre salut. C’est la guerre qui donne carte blanche au psychopathe. Un leader brillant avec de vraies solutions n’a aucune chance sous la pathocratie ochlocratique. Le représentant de la vérité est rejeté dans des conditions de guerre idéologique parce que les formations ochlocratiques ne répondent qu’aux signaux idéologiques (i.e. aux mensonges). Les pensées constructives qui donnent lieu à une action héroïque ne sont pas souhaitées par les structures qui favorisent et récompensent les déviants psychologiques. La logique de ces formations est la logique de la destruction, du meurtre et du maintien fanatique de faux récits.

Inévitablement, l’ochlocratie va s’épuiser d’elle-même. Quelqu’un émergera des décombres pour reconstruire le pays. Avec des leçons amères apprises et un appétit renouvelé pour la sagesse, la vie normale peut recommencer. C’est ce à quoi nous devrions travailler. En attendant, soyez prudents.

Lien vers l’article original


Liens & Notes

[i] Eric Voegelin, Autobiographical Reflections (USA: Louisiana State University Press, 1989), p. 113.

[ii] Richard M. Weaver, Ideas Have Consequences (Chicago: University of Chicago Press, 1948), p. 3.

[iii] Ochlocratie: nom – gouvernement par une foule; ochlocratie.

[iv] Weaver, p. 1.

[v] Andrew M. Lobaczewski, Political Ponerology: A Science on the Natura of Evil Adjusted for Political Purposes (Kindle, Red Pill Press), Loc 3085.

[vi] Ibid, Loc 3100.

[vii] Tiffany W. Chow, M.D., note: « Le syndrome orbitofrontal est la plus connue [pathologie de ce type] et consiste en des comportements antisociaux majeurs tels que la désinhibition, la labilité émotionnelle et l’impulsivité. Dans certains cas, les changements sont suffisamment graves pour entraîner une nouvelle apparition de la criminalité. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5786154/

[viii] Lobaczewski, Loc. 3164.

[ix] Ibid.

[x] Eric Voegelin, Autobiographical Reflections, (USA: Louisiana State University Press, 1989), p. 117.

[xi] Ibid, p. 45.

[xii] Ibid, p. 46.

[xiii] Ibid, pp. 46-47.

[xiv] Ibid, p. 48.

[xv] Ibid, p. 49.

[xvi] Ibid.

[xvii] Lobaczewski, loc 3140.

[xviii] Eric Voegelin, Autobiographical Reflections (USA: Louisiana State University Press, 1989), p. 18.

[xix] https://www.healthline.com/health/psychopath#signs

[xx] Voegelin, p. 119.

[xxi] Lobaczewski, Loc 3178.

[xxii] Ibid, Loc 3194.

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