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Macron choisit la Chine plutôt que les États-Unis.

Par Tom Rogan, rédacteur en chef pour la Sécurité Nationale au Washington Examiner.

Adieu, Lafayette ?

La lutte entre les États-Unis et le Parti Communiste Chinois est la question géopolitique clé de notre époque. Que les États-Unis soient capables de préserver l’ordre international démocratique d’après 1945 ou que la Chine remplace cet ordre par un régime mercantiliste dirigé par Pékin, déterminera largement la liberté et la prospérité mondiales au XXIe siècle. Les Américains pourraient d’ailleurs bientôt se battre –et  mourir- pour cette cause. Le soutien des alliés des États-Unis pour limiter les excès impérialistes de la Chine est donc absolument essentiel.

Hélas, le plus vieil allié de l’Amérique semble avoir choisi Pékin plutôt que Washington. Dans une semaine, le président français Emmanuel Macron se rendra à Washington pour une visite d’État suite à l’invitation du président Joe Biden. Et le président de la Ve République française ne semble pas vouloir plaire à son hôte.

S’exprimant au forum de l’APEC (pour Asia-Pacific Economic Cooperation) la semaine dernière, Emmanuel Macron a offert une répudiation spectaculaire de la politique américaine vis-à-vis de la Chine. Comme il en a désormais l’habitude, Emmanuel Macron a dissimulé la véritable portée de ses mots dans une sorte de nouveau « voile allégorique » éloquent. Mais son intention sous-jacente demeurait claire. Et elle n’est pas réputée être en faveur de l’Amérique. Emmanuel Macron a notamment observé que :

“beaucoup de gens voudraient qu’il y ait deux ordres dans ce monde. C’est une énorme erreur. Y compris pour les États-Unis et la Chine. Nous n’avons besoin que d’un seul ordre mondial”.

Il a poursuivi en précisant que :

“nous sommes dans la jungle et nous avons deux gros éléphants qui deviennent de plus en plus nerveux. S’ils deviennent vraiment très nerveux et commencent une guerre, ce sera alors un gros problème pour le reste de la jungle. Il faut donc la coopération de beaucoup d’autres animaux, comme les tigres, les singes… Nous ne croyons ni à l’hégémonie ni à la confrontation, nous croyons à la stabilité”.

À première vue, cela pourrait passer pour une défense –certes nuancée- de l’ordre international démocratique existant. En fait, c’est tout le contraire. Le tropisme affiché par Monsieur Macron est délibérément en faveur de Pékin. Ne me croyez pas sur parole, considérez plutôt celle de Xi Jinping.

Il suffit en effet de comparer le discours d’Emmanuel Macron avec le discours à l’APEC du tout-puissant dirigeant du Parti Communiste Chinois. Xi Jinping a observé que le monde devrait “rejeter conjointement la « mentalité » de la Guerre Froide et la confrontation des blocs en construisant une architecture de sécurité « Asie-Pacifique »”. S’adressant ensuite aux chefs d’entreprise, Xi Jinping a mentionné le mot « coopération » treize fois. Les deux dirigeants ont-ils coordonné leurs discours ?

L’idée d’Emmanuel Macron selon laquelle “beaucoup de gens voudraient qu’il y ait deux ordres dans ce monde” est un rejet clair de la politique étrangère américaine vis-à-vis de la Chine. Monsieur Macron et son ambassade à Washington savent pourtant parfaitement que le message sous-jacent de Washington à ses alliés est clair: « La Chine tente de remplacer l’ordre démocratique dirigé par les États-Unis par un ordre qui lui est propre. Nous avons besoin de votre soutien pour résister aux velléités plus dures de la Chine. »

Les administrations Trump et Biden ont toutes les deux poussé leurs alliés à rejeter plus clairement la conduite de la Chine en ce qui concerne notamment ses menaces contre Taïwan, le vol de propriété intellectuelle et les violations des Droits de l’Homme. Chacune de ces diverses préoccupations est intrinsèquement liée aux efforts faits par la Chine pour réécrire les règles internationales.

Emmanuel Macron le sait et c’est pourquoi son discours doit être appréhendé à la lumière de son intention sous-jacente: cultiver les faveurs de la Chine, probablement dans le but d’accroître les 20 milliards de dollars d’exportations françaises annuelles vers la Chine. Monsieur Macron a été témoin de la récente escapade commerciale du chancelier allemand Olaf Scholz à Pékin et veut maintenant sa part du gâteau. La démonstration d’Emmanuel Macron quant à la poursuite de la stabilité indopacifique est superficielle. Comme pour son programme plus large d’« autonomie stratégique » pour l’Europe, les mots de Macron cachent une vérité criante. À savoir que la France agit dans la poursuite étroite de ses propres intérêts. Le président Français a bien vu l’intérêt de son homologue chinois à réfuter les efforts des États-Unis pour attirer l’attention sur son agenda impérialiste. Emmanuel Macron a vu également comment Xi prétend que les États-Unis sont ceux qui sont responsables de saper la coopération internationale. Macron a ainsi reconnu que le moyen d’atteindre le cœur de Xi était de faire écho à son récit, bien qu’en termes plus voilés.

Certes, la France a souffert d’une colère compréhensible suite à la perte d’un important contrat d’exportation de sous-marins vers l’Australie et au fameux accord AUKUS (pour Australia-UK-US) qui s’en est suivi et qui verra les États-Unis et la Grande-Bretagne développer de concert une force sous-marine nucléaire pour l’Australie. Les États-Unis auraient dû avertir Emmanuel Macron en amont de cet accord tout en œuvrant davantage pour atténuer les pertes économiques qui y étaient associées. Il convient également de noter que la France a parfois discrètement envoyé des forces sous-marines pour s’entraîner avec les États-Unis dans le Pacifique.

Mais il ne faut pas sous-estimer la portée des propos d’Emmanuel Macron la semaine dernière. La France a clairement décidé qu’il était plus important de faire écho à la rhétorique de Xi et de gagner ses faveurs commerciales que de se tenir aux côtés du plus ancien allié de la France dans la défense de l’ordre démocratique de l’après-1945. Il y a ici une dure leçon à retenir pour les États-Unis. Mais peut-être aurions-nous dû la voir venir. La France a également été totalement défaillante dans son soutien à l’Ukraine alors que cette nation subit de plein fouet le plus grave défi à l’ordre européen depuis 1945. Emmanuel Macron peut parler d’ordre, mais seulement lorsqu’il s’aligne sur les intérêts français.

La leçon de l’APEC est claire: lorsqu’il s’agit de relever le défi de la Chine, les alliés les plus anciens et les plus proches de l’Amérique pourraient finalement ne pas être si fiables.

Lien vers l’article original

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