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La “guerre hors limites” s’invite en Commission de défense

Par Lion d’Artois

Avant-propos

Nous vous proposons ici un résumé de la Commission de défense nationale qui s’est déroulée le 5 juillet dernier (2022) à l’Assemblée nationale et à laquelle étaient invités trois intervenants spécialisés dans les questions de relations internationales : Messieurs Pascal Boniface, Thomas Gomard et Bruno Tertrais.

Sous la présidence de M. Thomas Gassilloud, cette commission avait pour but d’obtenir un état du monde et des menaces qui pèsent sur la France.

Ce résumé mettra l’accent sur les passages et les citations les plus importants, de façon “brute”, du fait de l’urgence de la situation nationale et internationale, et ce le plus fidèlement possible aux propos tenus par les différents intervenants.
Une analyse des points de vues et des propositions pourraient s’y ajouter, bien qu’à la lecture de cet article nous pouvons déjà distinguer les différences voire divergences exprimées par les intervenants. 
Cette audition a eu, selon nous, le mérite de faire entendre un “autre langage” que celui entendu d’habitude.

Au sujet des 3 intervenants :

M. Pascal Boniface, directeur de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), spécialiste en géopolitique.

M. Thomas Gomard, directeur de l’IFRI (Institut français des relations internationales), spécialiste de la Russie et auteur d’un livre sur les guerres invisibles.

M.Bruno Tertrais, directeur-adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, spécialiste de la dissuasion nucléaire.

Introduction du Président de séance

Le jeudi 7 juillet 2022 aura lieu l’intervention du ministre M. Lecornu devant cette même commission.

Le but de cette commission est de permettre :

  • Les échanges et débats sur les questions stratégiques et de défense.
  • L’analyse des rapports de force et des menaces au niveau international.
  • La mise en évidence de propositions et solutions qui pourront être utiles dans le paysage stratégique pour penser la défense globale.

Et ce dans le contexte de la loi de programmation militaire à venir.

« Le conflit en Ukraine de haute intensité pause des défis majeurs à notre politique de défense : format des armées, robustesse de notre industrie de défense et résilience de notre nation toute entière. »

« Cette guerre remet en cause le phénomène d’ordre international et de multilatéralisme au profit du rapport de force et du fait accompli de la part de nos compétiteurs (le démantèlement des traités, qui sont au fondement de l’architecture de sécurité européenne depuis fin de la guerre froide, en est le meilleur exemple). »

« La compétition est assumée comme le montre la remilitarisation mondiale et régionale. »

« Le conflit actuel masque certaines menaces (terrorisme, prolifération des armes de destruction massive). »

« Le contexte étant incertain et mouvant, nous attendons des intervenants un éclairage sur l’état des menaces actuelles et à venir auxquelles la France doit faire face, et les défis qu’elles représentent pour nos forces armées. »

1er intervenant : Pascal Boniface

15ème minute : « La situation est grave, nul besoin de le souligner puisque nous sommes dans une situation stratégique qui est pire que pendant la Guerre froide.
Au moins pendant la Guerre froide il n’y avait pas la guerre en Europe.
Là, nous avons la guerre. Les armes parlent, il y a des morts, il y a des crimes de guerre, on peut discuter de génocide… il y a un choc. »

« Il y a une coupure entre la Russie et à peu près tous les autres. »

« Tant que Poutine sera au pouvoir, il sera impossible d’avoir des relations normales avec la Russie. »

« L’ADN stratégique de la France depuis le début de la 5ème République est remis en cause, il est atteint, il est en panne. »

17ème minute : « Le Président avait dit que l’OTAN était en état de mort cérébrale en novembre 2019, et à cette époque il y avait un large consensus, pour s’en réjouir ou le déplorer mais en tout cas le reconnaître.
Aujourd’hui c’est l’autonomie stratégique européenne qui est en état de mort cérébrale et l’OTAN est plutôt ” born again “, elle est en état, s’est revivifiée et celui qu’il l’a ressuscité c’est Vladimir Poutine, parce qu’il a été totalement à l’encontre de ses intérêts en donnant à l’OTAN une vigueur, une unité, une solidité, à un point tel que deux pays qui restaient neutres, depuis deux siècles pour la Suède et depuis 1977 pour la Finlande, et qui n’avaient pas jugé bon de rejoindre l’OTAN quand Staline était au pouvoir, estim[ent] qu’il est vital pour eux de le faire le plus rapidement possible.
Ce qui fait que les voix qui commençaient à être critiques en disant, bon Biden c’est bien mais il peut y avoir un Trump II en 2024, il faut travailler à un plan B pour la sécurité européenne, ces voix là se sont tues et si elles s’étaient relancées aujourd’hui, elles ne seraient plus audibles.
Par rapport aux responsables Français cela pose un défi d’une ampleur toute particulière : Est-ce qu’il faut qu’on change notre logiciel parce qu’il n’est plus adapté à l’air du temps ou est-ce que c’est une phase à passer et il faut faire le dos rond parce que, effectivement, plaider le dialogue avec Moscou aujourd’hui ne serait pas compris. Parler même d’autonomie européenne stratégique serait ressenti par la plupart des pays européens comme un manque de solidarité avec les États-Unis. »

« Et donc il y a une période dont il est difficile de déterminer l’ampleur, où la question sera : est-ce qu’il faut “plier les gaulles” et dire : “On a rêvé d’une Europe puissante, ça n’a jamais marché, c’est terminé, on rentre dans le rang et on devient le meilleur partenaire à la place des Britanniques.”
Ou est-ce qu’on se dit qu’on pourra y repenser par la suite.
Dans ce cas là il faut espérer qu’il y ait un nouveau pouvoir à Moscou et ne pas tomber dans ce qu’était la finlandisation durant la Guerre Froide, et qui serait aujourd’hui la “lituanisation” de notre posture stratégique.
J’entends par là, dire qu’on ne sera pas en paix tant que la Russie ne sera pas profondément et éternellement affaiblie. »

« Poutine est une menace mais la Russie ne l’est pas forcément.
Vous avez des pays qui estiment, pour des raisons historiques, si j’étais Lituanien je penserais peut-être la même chose (…), qu’une Russie qui n’est pas profondément et durablement affaiblie ne peut être qu’une menace (…) et donc [qu’]il faut travailler soit à la vaincre soit à l’affaiblir.
Et là, on voit qu’il peut y avoir des divergences avec ceux qui souhaitent la victoire de l’Ukraine [mais] qui ne pensent pas qu’affaiblir durablement la Russie soit la solution, et qu’il peut y avoir d’autres alternatives que Poutine.
Poutine est un problème mais d’autres leaders de Moscou comme Gorbatchev avaient dit dans le passé qu’ils étaient mécontents de la situation qu’il leur avait été faite et qu’ils avaient proposé d’autres voies sur les relations internationales. »

21ème minute : « Le résultat est que les pays européens ont accru leur dépendance de façon volontaire à l’égard des États-Unis. Dépendance bien-sûr stratégique, tout le monde demande plus de protection américaine (…) principe sur lequel les américains sont d’accord, ils augmentent leurs effectifs. (…) Les pays européens ont décidé d’augmenter leurs dépenses de défense et de consacrer cette augmentation principalement à l’achat d’équipements militaires américains en disant que nous n’avions pas les moyens de combler les trous rapidement.
À terme il faudrait voir s’il n’y a pas une menace pour notre industrie militaire, parce-que même si nous sommes alliés avec les États-Unis, nos industriels ont parfois souffert d’une concurrence un peu rude et pas toujours fair-play de la part de l’industrie américaine.
Il y a un enjeu pour savoir si l’Europe, la France en particulier, doit conserver une industrie militaire capable de lui donner les moyens de sa défense.
Et si elle venait à disparaitre ou à être tellement attaquée qu’elle aurait dû mal à se relever, dans 4 ou 5 ans on ne pourra pas se relever. C’est dès maintenant qu’il faut se protéger. »

22ème minute : « Nous avons une nouvelle dépendance, une dépendance énergétique. Nous nous étions adressés à la Russie pour être dans une moindre dépendance [vis à vis des pays] du golfe, en disant que c’était une zone géopolitique troublée. Maintenant nous devons quitter la Russie pour des raisons évidentes et nous allons acheter du gaz et du pétrole aux États-Unis, qui vont donc renforcer leur fournitures à l’Europe. »

23ème minute : « …l’OTAN est forte, unie comme jamais elle ne l’a été au cours de son histoire, on ne parle plus de malentendu transatlantique.
Il y en a peut-être quelques uns mais ils sont mis pour l’instant sous le boisseau.
Mais il ne faudrait pas oublier que la plupart des pays, à part quelques abstentions (…), n’ont pas voulu condamner l’agression Russe.
À part nos alliés Néo-zélandais, Australiens, Coréens, Japonais, Taïwanais, aucun pays asiatique, latino-américain ou africain, n’a pris de sanction contre la Russie.
Et donc notre défi c’est : est-ce que l’on va retomber dans une situation “the West vs the reste”.
Il y a des motifs très différents de la part de tous ces pays, les motifs de l’Inde ne sont pas ceux du Sénégal, les motifs du Brésil ne sont pas ceux de l’Afrique-du-Sud, mais aucun de ces pays n’a pris de sanctions contre la Russie. (…) La Russie souffre des sanctions et elles vont encore plus la faire souffrir même si, du fait qu’elles sont occidentales et non pas internationales, elles mordent moins le cœur de l’appareil Russe.
Et peut-être qu’il y aura moins d’échanges qui seront faits en dollars suite à ces sanctions. Ce qui pourrait être un peu contre productif.
Mais je pense que ce qui va faire le plus de mal à la Russie, plus que les sanctions que nous avons prises (…), c’est la fuite des cerveaux et un retour à une ère Néo-stalinienne.
Il y avait un peu plus de liberté ou un peu moins de “non liberté” en Russie qu’en Chine. Elles ont toutes disparues.
(…) On estime à 200 000, le nombre de personnes qui ont fui la Russie. »

26min 50 : « La Chine ! Peut-être qu’on à le temps d’en parler. 
Est-ce qu’il faut faire une axe, ou contribuer à faire un axe Russie-Chine, qui n’est pas aussi évident qu’il n’y paraît, et abonder dans cette coalition des démocraties contre l’axe des pays autoritaires, qui serait peut être une prophétie auto-réalisatrice ? (…)
Votre mission sera d’aller voir les collègues dans les pays européens et (…) non-occidentaux pour exposer le point de vue français, avoir des contacts de parlementaires à parlementaires (…) c’est vraiment cette diplomatie parlementaire qui a mon sens n’a pas été suffisamment utilisée (…) il en va de l’avenir de l’indépendance stratégique française, que les parlementaires puissent aller convaincre leurs collègues étrangers (…) montrer quelles sont nos volontés et surtout dissiper les malentendus (…) qui peuvent être donnés sur la politique française. »

2ème intervenant : Thomas Gomard

L’intervenant commence par 3 remarques introductives :

  • D’abord, il souligne une convergence entre l’accélération de la dégradation environnementale (réchauffement climatique, perte de la biodiversité et pollution) et l’accélération de la mise en données du monde (propagation technologique). Un déplacement géopolitique est déjà bien avancé.

29ème minute : « Il me semble plus que jamais nécessaire d’intégrer davantage que par le passé, les dimensions extérieures à la sphère politico-militaire, tout en continuant d’insister sur la singularité de cette dernière. C’est à dire agir et penser à l’ombre de la guerre. »

  • Il constate ensuite qu’une accoutumance à la paix est interrompue par les attaques terroristes et le retour de la guerre de haute intensité sur le continent.
  • Enfin, pour lui la guerre d’Ukraine n’a pas commencé en 2022 mais en février 2014 (annexion de la Crimée).

« La surprise stratégique n’est pas l’agression russe mais le niveau de résistance des Ukrainiens qui au fond nous interroge indirectement, par leur cohésion nationale, sur notre propre cohésion nationale.
Question qui se pose à mon sens pour tous les pays européens et qui est le sujet majeur qui doit nous occuper dans les années à venir. »

31ème minute : « Nous sommes face à une persistance du terrorisme (mouvances djihadistes) et face à des phénomènes de mouvances identitaires ultra-nationalistes qui représentent un certain nombre de menaces. Les deux partageant au fond le même objectif qui est de créer la guerre civile dans notre pays. »

Sur la situation avec la Russie : quelle sera la trajectoire de la Turquie ?

Des Enjeux dans les pays d’Afrique du Nord et pays du Golfe (Énergie, politique…).

La situation au Sahel étant très instable, quelle sera la nature des partenariats sur cette zone ?

34ème minute : « L’Indo-pacifique, [représente le] déplacement du centre de gravité du système politique et économique mondial. Nous ne pouvons donc pas nous désintéresser de ce qu’il s’y passe à moins d’accélérer notre “périphisation”.
[De plus], l’importance de notre souveraineté dans cette zone [est à mettre en lien] avec la question de la relation avec l’Inde, qui hésite sur le plan géopolitique. »

« C’est la convergence des crises qu’il faut apprendre à penser. »

  • 2 points importants : maîtriser l’intelligence artificielle et le quantique.

37ème minute : « Nous sommes entrés dans une phase de guerre politique. La confrontation avec la Russie en fait partie. Il y a un lien à établir entre l’orientation prise entre certaines entreprises technologiques et les autorités chinoises. »

Citation de Jean-Marie Gaynaud, dans son livre Le premier 21ème siècle :

« Les entreprises technologiques et le PCC, partagent la même ambition de contrôler les esprits jusqu’au point où le confort aura fait oublier la servitude. »

« Ce qui doit poser la question fondamentale du lien (ou plutôt de son absence en Europe) avec le complexe militaro-numérique tel qu’il existe aux USA et en chine. »

  • Chocs géostratégiques et géo économiques à venir, les positions de l’UE et de la France dépendront de l’évolution de la rivalité Chine/USA.

39ème minute : « Continuer à penser par soi même. C’est la base de toute volonté d’autonomie stratégique afin d’éviter une forme de nombrilisme stratégique qui parfois nous menace tous. Il est extrêmement important de prêter beaucoup plus d’attention aux intentions des autres.
De ne pas faire des exercices stratégiques hors-sol (…)
Je pense qu’il faut inverser la méthode et passer beaucoup plus de temps à comprendre ce que les autres acteurs stratégiques souhaitent faire.
La doxa stratégique avant le 24 février 2022 (une partie) considérait que Poutine n’avait pas intérêt à agresser l’Ukraine. Il est pourtant passé à l’acte. »

En résumé les points clés : terrorisme, climat, écologie et NTIC (Nouvelles technologies de l’Information et de la communication), technologie quantique, géo ingénierie, données…

3ème intervenant : Bruno Tertrais

« Il y a un retour de la guerre de haute intensité la où on ne l’attendait pas. On pensait qu’elle allait être en Asie. »

42ème minute : « il n’y a pas de menaces militaires immédiates contre la France (…) les menaces sont d’un ordre différents : cyber-espionnage, opérations d’influences, souveraineté maritime, Zones économiques exclusives autour des DROM (Départements et Régions d’Outre-mer), terrorisme, criminalité organisée, déstabilisation profondes de pays (Balkans, continent africain). »

43ème minute : « Sur la Russie et la Chine je suis parfois assez sévère quant au langage de compromis diplomatique qui résulte des sommets européens ou “Otanien”.
Pour le coup, l’OTAN, notamment lors du sommet de Madrid, a produit un langage plutôt satisfaisant et assez conforme aux intérêts français.
La Russie est la principale menace militaire immédiate et majeure pour l’Europe. »

44ème minute : « La Russie sortira probablement affaiblie du conflit en Ukraine mais pourra se réarmer dans les 5 à 10 ans, soit en autonomie, ou notamment avec l’aide de la Chine. Opérations cybers et d’influences à surveiller. »

45ème minute : « Sur la Chine, je trouve le langage trouvé à 30 plutôt satisfaisant. La Chine pose des défis stratégiques. Elle n’est pas une menace, mais elle pose des défis stratégiques qui la différencie de la Russie. Pour nous Français et Européens, elle nous menace autrement : patrimoine scientifique et technologique, civil et militaire. Sécurité de nos infrastructures et communications.
À moyen terme elle peut être, notamment dans le Pacifique-Sud, un problème majeur pour notre souveraineté maritime. Je ne parle pas uniquement d’acquisitions chinoises dans telle ou telle infrastructure de nos DROM-COM, mais je pense là encore à notre souveraineté maritime. »

47ème minute : Partenariat stratégique avec la Grèce signé.  Turquie : bon allié ou problème ?

Pays du Golfe : situation problématique peut-être à venir.

50ème minute : « J’ai beaucoup de mal à concevoir un scénario crédible dans lequel la France via l’Europe, serait engagée dans une guerre majeure de haute intensité dans les années qui viennent. Je parle d’une guerre contre la Russie : nous pouvons dissuader la Russie. »

« La  dissuasion fonctionne comme l’a montré l’article 5 du traité de Washington et le traité de Lisbonne. Il faut une posture européenne forte. »

51ème minute : « Le scénario d’un Président américain Républicain en 2024, que ce soit Trump ou quelqu’un d’autre de “trumpiste”, [voulant] mettre les Européens “devant leurs responsabilités ” [ou bien] accélérer le fameux tournant vers l’Asie dont on nous parle depuis bientôt 15 ans, [devra être pris en compte].
Un DeSantis ou un autre ne serait pas forcément mieux que Trump pour nous. »

« Enfin, si la Russie n’était pas une puissance nucléaire, aurions-nous eu une attitude plus va t’en guerre ? »

Question des orateurs de groupe

53ème minute

J-M Fievet (Député) :

  • Quels risques identifiez vous au regard d’une adhésion de l’Ukraine rapide à l’UE ?

Député Aurélien Saintoul (Député La France Insoumise) :

  • Doctrine nucléaire russe, comment la considérer ?

Jean-Louis Thieriot (Député Les Républicains) :

  • À propos de la guerre de l’information, qu’on appelait autrefois propagande, on sait à quel point le KGB était spécialiste de ce type de manœuvres. Mais aujourd’hui comment faire face pour des démocraties ?

Jean-Pierre Cubertafon (Député Modem) :

  • L’Allemagne met en place la plus grande armée conventionnelle européenne, et la France?

Anna Pic (Député Parti Socialiste) :

  • Relations avec l’Australie après les nouvelles élections, nouveau partenariat ?
  • Par rapport à la marine chinoise et aux pays de l’est, nos capacités sont-elles suffisantes ?

Loïc Lervran (Député Horizon) :

  • Quelle guerre peut-on encore gagner ?
  • Quelle est la place de l’outil militaire dans la construction de cette puissance ?

Réponses des intervenants

1h08 : Pascal Boniface :

« Je crois que c’est une erreur d’accorder la candidature à l’Union Européenne. L’émotion l’a emporté sur la raison. »

« Les chefs d’états qui sont allés à Kiev étaient un peu sous contrainte. »

« L’Ukraine n’est pas prête, c’est un pays extrêmement corrompu où les oligarques ont renforcé leur domination pendant la guerre. »

1h12 : Thomas Gomart :

« L’Ukraine est le seul peuple à verser le sang pour rejoindre l’UE. »

« Il y a un décalage de générations entre élites politiques ukrainiennes et russes. »

« J’ai l’impression que la France est sur le recul. Avec un positionnement diplomatique qui a un rendement décroissant et des exigences de sécurité qui demandent des coûts croissants. »

« Il ne faut pas se laisser piéger par la rivalité sino-americaine. »

« La France a un positionnement cognitif à exploiter en prêtant plus d’intérêt et de ressources à notre système éducatif. »

1h16 : Bruno Tartrais :

« La France est force de propositions. (…) À la hauteur de ses responsabilités. Non la France n’est pas en recul systématique. »

« Il faut consulter et convaincre nos partenaires, c’est lié à l’ambivalence de la France : position UE/ONU. »

Présidence de l’Union Européenne : « la France s’est bien rattrapée. »

« La notion d'”Indo-pacifique” a du sens. (…) Elle nous arrange aussi car notre présence, à peu près partout dans l’Indo-pacifique, nous permet de la justifier.
[Cette notion] est également une manière d’aborder (…) des options de coopération avec certains grands partenaires qui, eux, ont embrassé cette expression depuis longtemps. Je pense au Japon et à l’Australie qui ont été les premiers à en parler. Ce n’est pas du tout une expression américaine, c’est une expression Nippo-australienne. Ce n’est pas un concept vendu par les Américains.
Je le dis car on voit cela sous la plume de commentateurs avertis qui en l’espèce se trompent.
Elle nous permet aussi de dire : « l’Indo-pacifique : oui, mais pas pour faire du confinement, du “containment” de la Chine. »

« L’Australie n’aura pas de sous-marins avant 2045. »

« Concernant l’ancien Premier ministre australien : Je vois que certains, en Australie et ailleurs, disent ; « Finalement pourquoi pas reprendre cette idée de sous-marins français ? »
Je ne vais pas me prononcer sur le sujet qui est encore trop sensible.
Le départ de Morisson est un reset et c’est heureux. »

« Notre marine présente des déficits de frégates sur le long terme. On a un plus un problème de surface que de profondeur. »

« L’Allemagne première armée d’Europe, peut-être. D’abord, ce serait une bonne chose.
La Pologne se plaint suffisamment du fait que l’Allemagne ne remplierai pas, selon elle, tous ses engagements de défense. Tandis que la Pologne, de son côté, se présente comme “l’Allemagne de la guerre froide”, et elle est fière quelque part, de ce repositionnement.
Mais comme on dit, on verra quand il faudra porter quelque chose de lourd. L’Allemagne première puissance militaire européenne, on en est encore loin. La culture stratégique allemande ne changera pas en 5 à 10 ans. »

« Gagner la guerre avant la guerre » (Général Burkardt) : « éviter la guerre, éviter que nos intérêts soient mis en cause que ce soit de manière cinétique ou non, pour reprendre un vocabulaire américain.
Par l’influence, par la dissuasion, la résilience, la protection.
Tout ceci est central. Ensuite, l’engagement des moyens militaires. »

Dernière série de questions

1h25 : Question d’Anne Genetet (Députée En Marche):

  • Guerre hybride, conflit de haute intensité, la guerre ne relève plus que des armées seules mais peut prendre d’autres aspects : économiques, psychologiques, informationnels, culturels, diplomatiques, etc.
    Gagner la guerre avant la guerre, je cite Sun Tzu :
    « Vaincre sans combattre », qui est d’ailleurs la doctrine chinoise.
    Ce phénomène a été décrit dans un livre qui m’a beaucoup intéressé, La guerre hors limites, écrit par deux colonels de l’armée de l’air chinoise au début des années 2000, et aussi dans l’ouvrage de M. Gomart.
    De même le Président, au sortir de l’OTAN la semaine dernière, a rappelé que le contexte géopolitique actuel nous conduit sans doute à réévaluer la loi de Programmation militaire pour nos armées et industries de défense.
  • Questions : Cette [approche] beaucoup plus large de notre sécurité nationale est-elle d’après vous bien prise en compte dans les réflexions de la France actuelle ?
  • Ne gagnerions-nous pas à envisager d’avoir une capacité de commandement interministériel qui permettrait d’englober l’ensemble de ces problématiques ?

1h29 : Question du député Jean-Charles Larsoneur :

  • La dimension nucléaire de la guerre en Ukraine. La rhétorique nucléaire agressive de la Russie.
  • Faut-il réinventer notre grammaire stratégique et développer de nouvelles options d’escalade ?

1h31 Question de François Picquemal :

  • La France est sans accès souverain à l’espace depuis la fin de service d’Ariane 5. Quel jugement portez-vous à ce sujet ? Quelles ambitions devrait avoir la France en matière de souveraineté spatiale ?

1h32 Question de Yannick Chenevare :

  • Actuellement nous regardons du côté de l’Europe mais il ne faut pas que nous soyons aveugle à l’Indo-pacifique, car dans cette zone un certain nombre de bâtiments de la marine française sont pré-positionnés. N’aurait-on pas intérêt à pré-positionner un sous-marin nucléaire d’attaque dans cette zone ?

1h32 Question de Lionel Royer Perreau :

  • Contexte international brutalisé, géopolitique incertain. Le débat tourne autour de l’Ukraine : Quelle serait la deuxième zone de turbulences sur laquelle nous devrions porter nos efforts et réflexions ?
  • Sur le budget de loi de programmation militaire : zones de faiblesse à renforcer ? Le renseignement est-il suffisamment bien traité ou mérite t-il des efforts complémentaires ?

1h35 Question d’Isabelle Santiago :

  • Seuil de tolérance des peuples : famines en Afrique, influences sur lesquelles nous devons travailler ? (Énergie, famines, diplomatie, géopolitique…)

1h37 Question de Frédéric Mathieu :

  • Menaces terroristes, islamistes et identitaires. 2000 individus identitaires prêts à passer à l’acte. Avez-vous plus d’informations à ce sujet ?

Réponses des intervenants

1h38 Bruno Tartrais :

« Réponse à Madame Genetet : oui la sécurité nationale c’est un concept introduit dans le logiciel Français en 1958, réintroduit en 2008.
Trois points opérationnels :

  • « Si nous devions faire un exercice de type “Livre blanc”, il serait bien plus sage de faire un livre blanc à la Britannique, assez court sur l’ensemble des problématiques de sécurité nationale. »
  • « Sur la vieille question du conseil de sécurité nationale français.
    Notre système est différent, c’est compliqué d’introduire un conseil de sécurité à l’américaine (Institutions, débats, etc.) »
  • « Sur les structures de pilotage des crises interministérielles : sujet travaillé avec le haut commissaire au plan (il y a un document non publié). »

« Au sujet des sous-marins nucléaires d’attaque : peut-être mais je ne peux pas répondre comme ça. »

« Une deuxième zone de turbulences : spontanément je dirais la Méditerranée. »

« Les famines ne créent pas les crises, c’est la vie chère. Les affamés n’ont pas la force de se révolter, ils meurent. Il faut craindre émeutes de la vie chère. (…) »

« La France a raison d’investir diplomatiquement sur les couloirs maritimes, il y a urgence à la rentrée.
Nous aurons peut-être à nous poser la question d’actions de force.
Peut-être serait il temps de voir comment créer une coalition politique pour influencer la Russie sur ce point, car la Russie arrive, avec la complicité de la Chine, à persuader bon nombre de pays, notamment en Afrique, que c’est à cause des sanctions qu’ils ont faim (récit parfois convaincant en Afrique).
On a perdu une bataille mais pas la guerre en matière de communication. »

« Sur la rhétorique nucléaire : en 2020 la Russie voul[ait] se présenter comme une puissance nucléaire sage, responsable, via un texte de doctrine qui vise à conforter cette image. (…)
Aujourd’hui on assite à une opération de colonialisme sous parapluie nucléaire. Ou alors comme le disait l’Amiral Lozier, reprenant une citation de Jean-Louis Gergorin : « Une sanctuarisation agressive à l’ombre du nucléaire.
Et puis il y a le 27 février (allocution de V Poutine) : j’ai l’intuition que le signal nucléaire est celui, c’est une hypothèse, d’une Russie qui a peur. Comprendre : « Nous aussi nous sommes prêts. »
En Ukraine il n’y a pas de menaces nucléaire.»

« Finalement la Russie n’a pas été irresponsable et nous avons gardé nôtre sang froid. J’espère que ce sera toujours le cas mais globalement le jeu ressemble à certaines des crises les mieux gérées de la guerre froide.

« Refaire la grammaire stratégique ? Je pense qu’il vaut toujours mieux séparer le nucléaire du reste.
Je ne sais pas ce que la Russie fera de sa dissuasion nucléaire dans 5 ans, car si elle se sent vraiment affaiblie elle pourrait vouloir revenir à une conception de la dissuasion qui ressemble à celle qu’elle avait dans les années 90. Nous en reparlerons.

1h48 : Thomas Gomart :

« Sur les menaces terroristes islamistes, d’ultra droite et d’ultra gauche : Un pic d’incarcération a été atteint en 2020. Certains condamnés de ces dernières années vont bientôt sortir de prison dans les mois qui viennent. »

« La loi de programmation militaire : intégrer d’autres types de menaces, penser à l’ombre de la guerre. Horizon 2050, très peu d’organisation (entreprises) qui ont un horizon de temps. (Militaire, climat) »

« La dimension spatiale est décisive (satellite) »

« Sur le tir antisatellite russe, le message n’a pas été assez pris au sérieux de notre côté. »

« la Russie se livre à une guerre coloniale sous couverture nucléaire. J’accorde beaucoup de temps aux déclarations de Poutine. La Russie dans le passé à transgressé le tabou chimique et je reste extrêmement vigilent sur les signaux nucléaires qu’elle peut émettre. »

« Il y a une question fondamentale (au delà de l’aspect sur la dépense militaire militaire allemande), qui est l’évolution du modèle allemand et de la relation Franco-allemande : l’Allemagne doit changer d’un modèle qui a consisté en une forme d’équidistance entre la Chine, comme modèle exportateur, une relation de sécurité qui passait par l’OTAN, le tout rendu possible par du gaz russe bon marché. Or, ça c’est finit. Cela a des conséquences directes sur la compétitivité allemande et de l’Union Européenne. Nous allons encaisser une perte de compétitivité européenne dans le domaine industriel dans les mois qui viennent. »

« Mme Genetet, La guerre hors limites est un livre effectivement très important et qui rappelle deux choses : les auteurs considèrent que les militaires ont perdu le monopole de la guerre, ce qui ne signifie pas toutefois à leurs yeux l’inanité des appareils de défense.
Par ailleurs ils listent 24 types de guerre (nucléaire, sanitaire, financière, etc.). C’est annonciateur de cette latéralisation des conflits qui nous oblige à penser plus largement et pas strictement du point de vue militaire. »

« Sur l’aspect BITD (Base industrielle et technologique de défense) : J’ai été très frappé par les propos du Président lors du dernier EuroSatory, puisqu’il a parlé d'”économie de guerre”.
C’est annonciateur d’une demande de changement de comportement de notre BITD, notamment avec la question fondamentale des compétences. »

« La puissance c’est à la fois le portefeuille de ressources et la capacité de passage à l’acte. Pourquoi la Russie de V. Poutine nous apparait-elle puissante ? C’est parce qu’elle passe à l’acte. Le vrai sujet pour les Européens c’est le passage à l’acte. »

Sur la place qui existe entre outils militaires et diplomatiques : « Notre 5ème République est basée sur le politico-militaire. Fondamentalement, ce qui a été créé en 1958, c’est un système qui, dans sa verticalité, dans sa capacité de prendre des décisions, doit rendre impossible un nouveau juin 1940. »

Remarque sur le Général de Gaulle :

« Je suis toujours très frappé par la lecture qui est faite de sa politique vis à vis de Moscou. Effectivement il y a la période 1944, mais deux rappels semblent utiles : Dès 1945, je pense à la mission Biots, il y a la compréhension très rapide chez le Général de Gaulle que la sécurité de la France passe par un système d’alliance étroit avec les États-Unis et le Royaume-Uni.
Par ailleurs lorsque l’on observe sa réaction lors des grandes crises qu’il a eu à gérer (Berlin, Cuba), il n’y avait absolument aucun doute sur son positionnement d’allié fidèle à l’alliance atlantique. »

1h59 : Pascal Boniface :

« Sur la guerre de l’information, la propagande. Effectivement les moyens nouveaux, réseaux sociaux, etc. donnent une nouvelle acuité à cela.
(…) Les nouvelles sont plus rapides, plus virales, les contres vérités s’y déplacent plus vite mais les rappels à la vérité également. »

« Pour moi la zone où l’on est le plus en difficulté c’est le Sahel. Problèmes démographiques non résolus. »

Au sujet “Guerre hybride” : « La conquête du cœur et des esprits a toujours été un élément important, et à ce titre la réduction constante et dramatique de nos moyens d’actions culturelles extérieurs depuis très longtemps nous privent de moyens d’influences, alors qu’il y a eu en 15 ans 515 Instituts Confucius qui ont été créés.
Et nous nous avons du mal à faire venir des conférenciers (…) nos attachés culturels font du bricolage. (…)
C’est aussi une façon de défendre la France que d’agir dans ce sens là.
Il y a une défense intellectuelle de nos positions. »

« Nous avons perdu en popularité dans le monde. »

« Il faut créer partout des alliances, promouvoir multilatéralisme. »

« Je crois et c’est ma conviction personnelle, que la France est un pays occidental mais qu’elle n’est pas que cela.
Parce que si nous nous présentons uniquement comme un pays occidental nous perdons une grande partie de notre attractivité, de notre rayonnement.
Il y a plusieurs moments de la diplomatie française (Mitterrand au Bundestag et les euros missiles, Chirac et sa position sur contre l’intervention en Irak, etc.) où en se distinguant et en montrant que, tout en acceptant et en revendiquant son caractère occidental, elle ne se résume pas à cela, elle brille beaucoup plus, elle est beaucoup plus attractive, elle réunie beaucoup plus autour d’elle et c’est cela que, dans les moments difficiles que nous vivons, il faut réinventer.

Conclusion du président de séance :

  • Penser au périmètre de bon niveau de la souveraineté globale, y compris celui de l’action culturelle.
  • Penser par soi même au niveau individuel et collectif.
  • Contribuer au renforcement de l’autonomie conceptuelle de notre pays doit être une des ambitions de notre commission.
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