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Bons baisers de Chine (2)

Résumé du livre de Roger Faligot, Les services secrets chinois : De Mao à XI.

Par Lion d’Artois

Pour lire la première partie de cette fiche de lecture, cliquez sur ce lien

Les services secrets de Mao

L’amitié Sino-Russe retrouvée : le 1er novembre 1995, l’ambassadeur Russe à Pékin décore un agent secret Chinois, Yan Baohang, de la plus haute distinction concernant la défense de l’URSS. Cet agent n’est pas n’importe qui : il a fait prévenir le Kremlin de l’attaque imminent d’Hitler contre L’URSS (mai 41) puis 4 ans plus tard ses travaux ont permis à Staline de lancer sa guerre éclair contre le Japon…

En détaillant ces opérations, Faligot souligne le travail étroit entre le Kominterm, les services soviétiques et le PCC.

La suite du chapitre détaille précisément la genèse des services secrets de Mao : Kang Sheng grand inquisiteur de Moscou reçoit de Mao l’ordre de prendre la direction du Bureau Politique et de restructurer et commander le nouveau service secret du PCC : La DAS (Département des affaires sociales.).

Ce qu’il faut retenir du travail de Sheng, c’est que le mode d’organisation du DAS est calqué sur le modèle soviétique, qu’il a contribué à l’adhésion des sociétés secrètes à Mao, la création d’une école du renseignement avec comme bonne parole : « Il faut oublier que nous avons étudié à Moscou et développer un renseignement à la Chinoise » et comme principal objectif : faire de l’intelligence économique une force, contrairement à l’occident.

Autre point essentiel, c’est qu’au fur et à mesure Sheng va réussir à écarter les représentants soviétiques, un comble pour ces derniers puisqu’ils l’ont imposé et de ce fait, il va prêter totalement allégeance à Mao !

S’en suit une histoire de femmes, ou Sheng arrive à placer sa maitresse dans les bras de Mao… (en envoyant au passage la femme de Mao en URSS dans un asile d’aliénés…)

L’invention du Maoïsme

La purge sera, comme souvent dans l’histoire, un des primo éléments à la mise en place d’un régime dictatorial : Sheng prendra en charge cette réforme de la pensée : « le parti se fortifie en se purgeant ». Il innovera en organisant une manifestation au cours de laquelle les dirigeants encouragent l’extension de la campagne et d’une certaine façon lancent une nouvelle étape dans l’histoire du marxisme, c’est l’invention du culte de la personnalité à l’égard de Mao : c’est donc la création du Maoïsme.

Pour Sheng, deux crimes sont importants : L’espionnage et le déviationnisme. La terreur en découlera : Méthodes de rectification par le travail (préfiguration du Laogai) , méthode de réforme de la pensée (lavage de cerveau), méthode des faux aveux, technique de châtiments et d’interrogatoires chinoises puisées dans la tradition millénaire des supplices et mise au goût du jour par le Stalinisme du 20ème siècle.

La tournure des évènements est qualifiée de vent de folie, même auprès de Moscou, c’est dire…  Sheng frise les limites en soupçonnant Zhou Enlai et le fils de Mao d’être espions. Mao tapera alors du point sur la table en disant qu’il faut savoir arrêter une campagne de rectification !

Moscou alerte alors sur les dérives de Sheng, en laissant entendre qu’il serait peut-être un espion chargé de détruire le PCC : l’arroseur arrosé ! C’est ce qu’a confirmé un chercheur Pékinois à Faligot. Les Russes parviendront à préserver l’alliance avec Mao en sauvant son opposant Wang Ming,

Zhou Enlai crée des services alternatifs

Pour éviter que Sheng ne chapeaute tous les services de renseignements, Zhou regroupe des gens de confiance qu’il a connu à Paris et à Shangaï et crée le 2ème département, un service de renseignement militaire à part. Cette création est destinée à sauver des éléments dynamiques de l’orbite destructrice de Sheng. Cette situation originale perdure en 2008 : en Chine deux services rivalisent dans le domaine du renseignement militaire de l’Armée Populaire de Libération : le 2ème dpt et le Service des liaisons du dpt politique de l’armée.

De même deux autres organismes civils, très actifs de nos jours, ont été valorisés par Zhou avec l’aval de Mao : le DLI (dpt des liaisons, sorte de petit Kominterm à la mode chinoise qui travaillera avec les partis politique mondiaux) et le DTFU (Dpt chargé du travail de front uni, qui travaille discrètement au sein des organisations sociales, politiques culturelles, économiques ou religieuses en Chine, et au-delà des mers; il cible des chinois hors de l’orbite du Kuomintang ou prêts à s’en détacher. De nos jours, il cherche à rallier à la cause de Pékin, des Chinois d’outre-mer pro Taiwan).

Anecdote intéressante, le patron du DTFU, Li Weihan (nom de guerre : Luo Mai ) figure dans le premier roman chinois de Malraux : Les conquérants. Cet étudiant-ouvrier à Paris va forger un instrument considérable pour l’influence internationale du communisme Chinois. À son actif des gros poissons pêchés au USA comme Qian Xuesen, un spécialiste des Fusées. 84 savants chinois formés aux USA vont rallier l’empire du Milieu grâce au DTFU.

Le père de la bombe atomique Chinoise a pour nom Qian Sanqiang. Il travaillait dans des labos européens, quand le Japon a attaqué la Chine en 1937, et principalement en France où il a été formé par l’équipe d’Irène et Frédéric Joliot-Curie au laboratoire de synthèse atomique du Centre national de la recherche scientifique. Il rencontre avec sa femme, d’autres savants atomistes liés aux renseignements clandestins soviétiques qui aideront les Chinois à fabriquer leur propres bombes… Le couple rejoindra la Chine en 1948 à la veille de la victoire de l’armée rouge sur le Kuomintang, ce qui leur permettra de ne plus dépendre des savants russes et de leur bon vouloir…

Autre corde à son arc, Zhou va manipuler à leur insu certains personnages du monde des arts et des lettres. En 1937 Hoover, le patron du FBI, découvre qu’une écrivain Américaine, Pearl Buck (obtenant un Nobel de littérature pour des romans sur la Chine), influe sur l’épouse de Roosevelt, Eléanor, pour rallier la cause du PCC ! S’en suit une énième histoire de femmes (Eleanor préfère les femmes), qui amènera une certaine Gong Pusheng, agent de Zhou (fille d’un général) au rôle de confidente d’Eleanor. Le FBI ne sait pas qu’elle est affiliée secrètement au PCC, le lobby pro Kuomintang restant puissant aux USA réussira à faire pression auprès du Président Roosevelt qui fera annuler le voyage d’Eleanor en Chine où elle devait rencontrer Zhou (ce dernier n’a pas dit son dernier mot…).

Le Lotus Bleu

Ce passage du livre de Faligot paraît essentiel à connaitre. C’est pourquoi nous le proposons tel quel.

1949, Naissance de l’état espion

À la suite de la défaite de 1949, Chiang Kai-Shek retire son armée sur Taiwan qui deviendra avec l’aide de la CIA une place forte pour la reconquête hypothétique de la Chine continentale.

Le régime communiste peut alors mettre en place ses services de sécurité – police secrète et renseignements- qui joueront un rôle clef dans l’encadrement de la plus vaste population du monde.

Néanmoins plusieurs événements vont circonscrire les velléités de Mao dans les années 50 : La rébellion tibétaine (soutenue par la CIA), la guerre de Corée (50-53, la chine perd 1 million d’hommes), la mort de Staline (dont le grand Timonier copiait les méthodes de contrôle de population et d’économie planifiée, même s’il ne s’entendait pas si bien que cela avec), l’arrivée de Kroutchev, les erreurs du grand bon en avant, la guerre secrète à partir d’Hong-Kong, la guerre d’Indochine…

Les camarades russes (KGB) aideront néanmoins les chinois dans la mise en place, mais en les tenants à distance. Ok pour échanger des infos sur les pays capitalistes, mais pas question que les Russes chapeautent. Le DAS sera développé partout au niveau régional et l’agence de presse Chine nouvelle jouera un rôle important à l’étranger.

Le Gonganbu (ministère de la sécurité publique) voit le jour le 20 octobre 1949. Ses missions sont : sécurité interne, police, contre-espionnage et régir le Laogai. Luo Ruiqing (écarté par Sheng des renseignements militaires) en sera le chef : on le surnomme le Dzerzinsky chinois, et l’effigie de Lénine trône dans son bureau…

Luo Ruiquing apprendra à Moscou et à Paris (la capitale de cette révolution Française si chère à son cœur car le Jacobin St Just est son autre idole.)

Il structure l’état Policier Chinois d’une main de fer en créant notamment le 2ème Dpt élite des enquêteurs politique, où un certain Jean Pasqualini sera interrogé. Le métis sino-corse déclarera que Mao n’a jamais eu le contrôle de tous les pouvoirs contrairement à Staline, car Ruiqing était communiste à 100% mais pas maoïste.

Tensions avec les camarades du KGB

Les Chinois s’aperçoivent que les Russes recréent un réseau d’espionnage en Chine, ce qui créera quelques petites tensions, qui s’amplifieront après la mort de Staline (Histoire du KGB à Honk-Kong). D’autres accrocs se feront sentir mais au nom de l’amitié fraternelle entre les peuples Chinois et Russes, Mao et Kroutchev trouvent un terrain d’entente.

En outre les Chinois surveillent également de près les ambassades des nouvelles républiques Populaires du Pacte de Varsovie.

L’agence Chine Nouvelle : nid d’espions

Elle jouera un rôle important dans la collecte de renseignements et la propagande. Les services de renseignement occidentaux auront du mal à comprendre son fonctionnement. La CIA fera appel aux services spéciaux alliés, comme le SDECE. Un certain Jacques Locquin se fera piéger par un stratagème de la belle et sera expulsé… Pasqualini n’aura pas cette chance, il sera emprisonné jusqu’en 1964 et la reconnaissance de la Chine de Mao par de Gaulle. Pasqualini précise que le contre espionnage chinois fait dans l’approximation en ce qui concerne la qualité de leur travail. Il a réussi à les berner.

Les Américains qui furent nombreux à être capturés durant cette période lors des missions clandestines, affirment qu’il est très difficile d’obtenir du renseignement et de s’y implanter. Les « arpenteurs » Australiens seront plus discrets et plus efficaces : ces derniers, en usant des cartes du journalisme, de l’universitaire ou des hommes d’affaires, ont réussi à effectuer un formidable travail en retournant l’habituel système chinois contre les chinois. Ils ont obtenu un formidable patchwork d’infos, que des espions classiques n’auraient jamais pu faire.

Chute d’un cadre : Pan Hannian

L’affaire qui entrainera l’expédition au Laogai pour 20 ans de l’intéressé, est le résultat de la traque d’espions impérialistes ou nationalistes du Kuomintang. Pan Hannian sera accusé d’espionnage au profit des Japonais et des nationalistes. Règlement de compte en interne (coup de Zhou) ? Trahison ? Ce qui est certains c’est que cette affaire gênante qui aura apporté des informations aux deux parties ne sera pas divulguée officiellement par le Gonganbu. Aujourd’hui on s’interroge sur le fait que cette chute n’était pas une attaque voilée contre Zhou Enlai qui ouvre alors la diplomatie chinoise à la politique non-alignée en se rendant à la conférence de Bandoeng, quelques jours après la chute de Pan.

Une conférence à laquelle Zhou ne se serait jamais rendu s’il avait pris place dans l’avion indien, le Kashmir Pricess, qui explosa suite à un sabotage imputé au Kuomintange et à la CIA… Le DAS et les Britanniques de Honk-Kong avaient eu vent du projet d’attentat, Zhou emprunta un autre vol et la CIA abandonna son projet alternatif d’empoisonnement sur place…

Le DAS sous Li Kenong

Au lendemain de la création de la République Populaire de Chine, le Gonganbu assure la répression interne mais il n’a pas, à proprement parler, de véritable service de renseignement d’état.

Le DAS va le devenir, avec Li Kenong à sa tête. Kang Sheng s’est éclipsé, suite à de la folie (diagnostic du médecin de Mao…). La raison la plus probable est qu’il appartenait à une fraction pro-soviétique, même si plusieurs autres raisons sont invoquées.

Sheng gardera l’oreille de Mao et refera surface plus tard.

Li Kenong modernisera le DAS et change son nom : on l’appelle, à partir de 1955, leDiaochabu“.

Chaque ambassade aura son BIR (Bureau d’investigation et de recherche) qui couvre en fait l’espionnage.

Enfin les infos collectées seront traitées par le CICIR (institut de recherches contemporaines internationales).

La mort de Li Kenong le 9 février 1962, à la veille de la révolution culturelle, et les problèmes de santé qu’il traine depuis quelques années, sont les prémices de nouvelles terribles turbulences au sein des services secrets Chinois.

(Suite du résumé bientôt sur ANTIPCC)

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