La folie politique : Un diagnostic

Par Jeff Nyquist, le 9 juillet 2021

L’intentionalité de la conscience envers les objets ne conduirait pas en soi à des images fallacieuses de la réalité si la participation de l’homme était automatique, produisant dans la conscience des images correctes de la réalité et rien de plus. La conscience possède cependant une dimension de liberté dans la conception de ses images de la réalité. Dans cette dimension, on trouve des phénomènes aussi disparates que … les visions privées du monde des bourgeois libéraux, et les constructions de systèmes idéologiques. Dans ce large éventail de problèmes, nous ne sommes ici directement concernés que par la possibilité de la séparation de la forme et du contenu de la réalité, car c’est dans la séparation que prennent naissance les phénomènes de perte de réalité.❞

ERIC VOEGELIN, “WHAT IS POLITICAL REALITY?”

De nombreux Américains, en particulier les politiciens, souffrent d’une forme de folie. Ils continuent de fermer les yeux sur les préparatifs militaires de la Russie et de la Chine. Ces préparatifs devraient être au centre de l’attention, mais ils ne le sont pas.
Le citoyen attentif aperçoit le danger du coin de l’œil, de temps à autre. Une série de signaux “faibles” nous parviennent de l’étranger. Par exemple : “Un officiel japonais avertit les États-Unis d’une attaque surprise potentielle sur Hawaï – de la part de la Russie et de la Chine.” Plus alarmant encore, une source en Ukraine (que je ne nommerai pas) affirme que l’armée russe a secrètement convenu d’un prix pour que les cartels mexicains fassent passer clandestinement des commandos Spetsnaz russes à la frontière américano-mexicaine. Ceci est cohérent avec les préparatifs de guerre russes déjà observés, que voici : “Des avions (“jets”) russes s’entraînent à bombarder des navires ennemis quelques jours après avoir menacé de couler le HMS Defender dans le cadre des jeux de guerre de l’OTAN” et Poutine approuve une nouvelle stratégie de sécurité nationale préparant l’économie russe à la guerre”.

Le 8 mai dernier, nous avions également relevé le titre suivant : “La Chine se préparait à une troisième guerre mondiale avec des armes biologiques – dont un coronavirus – il y a SIX ans, selon un dossier produit par l’Armée populaire de libération datant de 2015 et mis au jour par le Département d’État américain”. Début mai, selon des informations obtenues auprès d’un homme d’affaires de Hong Kong ayant des contacts à Pékin, les dirigeants communistes chinois s’attendent à une guerre avec les États-Unis dans les “mois” – et non dans les années à venir. À l’appui de cette information, il a été rapporté que la Chine prévoit des conscriptions massives et le retour au service actif des vétérans démobilisés. Comme pour accuser les États-Unis d’être à l’origine de tous ces préparatifs de guerre, des médias russes tentent de mettre en cause l’Amérique : Voir, en particulier cet article : “Les États-Unis se préparent activement à la guerre avec la Russie” | New Eastern Outlook (journal-neo.org).

Pour les plus attentifs, il n’y a rien d’étonnant dans tout cela. La Chine et la Russie faisaient déjà des préparatifs de guerre il y a vingt-deux ans. Presque personne ne l’avait remarqué. Un observateur averti aurait néanmoins pu comprendre (à l’époque) l’intention qui sous-tendait le stockage de longue date d’or par la Chine, ou bien le vaste programme de construction souterraine en Oural par la Russie dans les années 1990, ou encore l’intérêt croissant de la Chine pour des endroits comme Panama, le détroit de Malacca et le cap de Bonne-Espérance.
La stratégie n’est pas une matière difficile si vous êtes prêt à vous débarrasser des illusions libérales (ici compris dans son sens anglophone) dans la croyance en la “fin de l’histoire” ou des illusions conservatrices (“Reagan a gagné la guerre froide”). Les premiers signes du renforcement militaire prévu de longue date par la Russie sont apparus plus clairement lors des essais de nouveaux prototypes d’armes pendant la deuxième guerre de Tchétchénie. Mais qui s’est donné la peine de le remarquer ?

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un changement soudain de l’équilibre des forces. Malheureusement, c’est un fait que le public américain n’a pas encore assimilé. Il y a eu un renforcement militaire massif de la part de la Russie et de la Chine pendant de nombreuses années. Nous n’avons pas égalé ce développement. Et nous ne semblons pas vouloir le reconnaître. Les Russes ont obtenu un fort avantage qualitatif. Les Chinois ont augmenté leurs forces en quantité et en qualité. De leur côté, les États-Unis ne sont pas prêts. L’Europe n’est pas prête non plus. L’Australie fait preuve de courage, mais ne peut pas faire cavalier seul. Le Japon essaie de combler le vide, mais doit compter sur l’Amérique. L’Inde est prête à se joindre à nous. Malgré tout cela, malgré des changements significatifs dans l’équilibre géostratégique, les dirigeants américains parlent et agissent comme si l’Amérique était toujours le numéro un. Ils restent bloqués sur les mêmes notions erronées, dupés par les mêmes thèmes de désinformation qui ont empoisonné notre discours politique depuis les années 1960.
Pour parler franchement, les Américains ne vivent pas dans la réalité.

Quiconque a regardé les débats présidentiels du parti démocrate l’année dernière ne saurait savoir qu’il existe une menace venant de Russie et de la Chine. Tous ces candidats à la présidence, issus de la gauche du spectre politique, ont déclaré au pays que la principale menace pour l’Amérique venait du réchauffement climatique et de Donald Trump. Ce genre de discours est littéralement insensé. Mais des dizaines de millions d’Américains ont cru à cette absurdité. La plupart des grands médias y ont adhéré – à l’exception de Fox News.
Après l’élection, ceux qui pensaient différemment ont été chassés de Facebook, Twitter et YouTube. L’appel à la censure pure et simple prend de l’ampleur.

Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation absurde. Nous vivons dans la société technologique la plus avancée que le monde ait jamais connue. Nous avons des machines qui peuvent presque tout faire pour nous. Nous avons la “science” pour nous fournir des réponses. Malgré tous ces avantages, nous avons perdu le contact avec la réalité. Dans l’un des derniers ouvrages du Dr Carl Jung, Passé et présent, le vieux psychiatre mettait en évidence un fossé croissant entre ce que l’homme moderne pense et ce qui est réel. Attribuant ce problème à un déclin des croyances religieuses, Jung mettait en garde : “On peut toujours enlever à l’homme ses dieux, mais seulement pour lui en donner d’autres en retour.” [P. 36]

Quel est le rapport entre l’effacement des dieux et la rupture de l’Amérique avec la réalité ?
Il se trouve que les êtres humains se rapportent à la réalité par le biais d’un récit global qui remonte souvent à l’école du dimanche. Que nous croyions en Dieu ou non, nous avons tendance à croire en quelque chose qui est l’équivalent de Dieu, quelque chose qui remplit la même fonction que Dieu dans notre psyché. Ce quelque chose peut être très dysfonctionnel – comme croire que l’on est soi-même Dieu.

Selon Eric Voegelin et Carl Jung, notre rupture actuelle avec la réalité politique doit tout à ce que Voegelin appelle “le meurtre de Dieu” et à la prise en charge de la fonction de Dieu par des politiciens totalitaires. Comme chacun peut le constater, l’ancien enseignement chrétien a décliné. Le nouvel enseignement séculier a pris le dessus. Jung pensait que la psyché séculière était encline au “névrosisme”. En fait, l’esprit séculier, se tournant vers la politique pour son salut ultime, se dirige vers une rupture totale avec la réalité ; car le salut ultime ne peut être que spirituel. Ce voile de larmes, ce monde d’objets “solides” et de politiciens perfides, n’a rien du salut final. Le salut appartient à une dispensation non matérielle, c’est-à-dire au domaine de l’esprit. Il n’y a pas de salut terrestre, sauf lorsque nous sommes momentanément mis hors de danger. Mais le danger revient toujours, et la mort reste inévitable. Ainsi apparaît la folie des politiciens d’aujourd’hui : Croyant qu’il existe un chemin séculaire vers le salut, leurs politiques trahissent l’âme en conduisant l’humanité sur un faux chemin, vers de fausses conceptions. Le mécanisme spirituel de la psyché de l’homme est alors perverti, cherchant Dieu dans tous les mauvais endroits possibles, comme la politique – cherchant le salut dans une “révolution socialiste”, un “État-providence” ou en transformant sa tribu en “race supérieure”.

Ce sont des chemins vers la folie, les tueries et pire encore. S’il n’y a pas d’ordre divin, s’il n’y a pas de Dieu, alors l’homme est seul dans l’univers. Dans ce cas, le monde des causes et des effets est tout ce qui reste. Comment, alors, échapper à l’absurdité de l’existence ? La seule solution qui reste est “l’État”. L’homme devient Dieu par le mécanisme de l’État. Et c’est par le pouvoir de l’État – par la prise révolutionnaire du pouvoir – que les marxistes (et autres révolutionnaires) espèrent sauver l’humanité. En d’autres termes, le marxiste devient Jésus-Christ. Mais ce n’est pas lui qui est crucifié. C’est l’humanité dans son ensemble qui est crucifiée.

L’ancien espion soviétique, Whittaker Chambers, a écrit que le communisme “n’est pas uniquement un complot vicieux ourdi par des hommes méchants dans un sous-sol. Il ne s’agit pas seulement des écrits de Marx et de Lénine… du Politburo, de la théorie de la valeur du travail, de la théorie de la grève générale, de l’Armée rouge, de la police secrète, des camps de travail, [ou] de la conspiration clandestine… .” Non. Ces éléments, prévient-il, ne sont que “des expressions du communisme, mais ils ne sont pas le communisme dans son ensemble.” [P. 8]

Chambers a ensuite cité la plainte de Marx selon laquelle les philosophes ne font qu’expliquer le monde ; le but est de changer le monde. Marx voulait refaire l’univers (pour lequel la société humaine sert d’analogue). On pourrait dire que, selon Marx, Dieu n’a pas créé l’univers, mais que l’univers était en train de créer Dieu à partir de l’homme.

Whittaker Chambers avait une façon plus biblique d’expliquer cela. Le communisme, disait-il, est la deuxième plus ancienne foi de l’homme : Sa promesse a été murmurée aux premiers jours de la création sous l’arbre de la connaissance du bien et du mal : “Vous serez comme des dieux”. C’est la grande foi alternative de l’humanité.” Chambers ajoute : “C’est l’idée de l’esprit de l’homme remplaçant Dieu comme intelligence créatrice du monde. La vision d’un esprit humain, libéré par la seule force de l’intelligence rationnelle, redirigeant le destin de l’homme et réorganisant la vie et le monde de l’homme.”

Mais voilà le problème : l’intelligence de l’homme n’est pas à la hauteur de la tâche. L’homme ne peut pas devenir “l’intelligence créatrice du monde”. Il ne peut pas refaire la création ni se refaire lui-même. Il ne possède pas la sagesse nécessaire pour jouer à Dieu. Toute tentative d’un tel projet est vouée à l’échec. Elle ne peut qu’entraîner l’homme dans la mégalomanie, une forme de folie provoquée par la soif de pouvoir. Comme Othello, réagissant au démoniaque Iago à la fin de la pièce de Shakespeare, Carl Jung aurait pu réagir à Marx :

Je descends mon regard vers ses pieds ; mais c’est une fable. Si tu es un démon, je ne peux pas te tuer.

Le diable, bien sûr, n’a pas de pieds mais des sabots fendus. Et Karl Marx, comme le méchant Iago, n’a jamais été tué. Tout le monde a dit que le marxisme était mort, mais il est toujours dans le monde, se moquant de nous. L’idéologie de Marx, son esprit maléfique, parcourt le pays. Les pieux croyants en Christ, en Dieu, n’ont pas été capables de vaincre Karl Marx – le démiurge, l’antéchrist, le briseur de nations. Oui, nous nous sommes menti à nous-mêmes sur ce point.
Le communisme n’est pas mort.

En 1957, Jung écrivait : “Il est donc tout à fait naturel qu’avec le triomphe de la déesse de la raison, une névrose générale s’installe chez l’homme moderne, une dissociation de la personnalité analogue à la division du monde actuel par le rideau de fer. Cette ligne de démarcation hérissée de fils barbelés traverse la psyché de l’homme moderne, quel que soit le côté où il vit. Et tout comme le névrosé typique est inconscient de sa part d’ombre, l’individu normal, comme le névrosé, voit son ombre dans son voisin ou dans l’homme au-delà du grand fossé. C’est même devenu un devoir politique et social d’apostropher le capitalisme de l’un et le communisme de l’autre comme le diable même, afin de captiver le regard vers l’extérieur et de l’empêcher de voir à l’intérieur.”

Marx disait que les capitalistes étaient des démons. Les conservateurs et les chrétiens ont quant à eux identifié Marx comme le diable. Pourtant, la démonomanie de la modernité a gagné les deux camps. Bien sûr, il y a des socialistes “humanitaires” sincères, et il y a des chrétiens sincères. Mais la manie du pouvoir des deux camps infecte l’ensemble. Tout comme il y a des socialistes imbus d’eux mêmes et mégalomanes, il y a eu et il y aura encore des patriotes qui le sont également et des individus faussement pieux. Dieu a créé l’homme à son image et, depuis lors, les faux “saints” tentent de lui rendre la pareille. En fait, ils voudraient avoir Dieu pour créature, en en étant les ventriloques – par les arts de la marionnette.

Ce que nous avons maintenant, c’est de la folie à gauche et de la folie à droite. Comment l’humanité peut-elle s’en sortir ? L’entendement et le bon sens du public sont maintenant si confus que l’humanité entière a perdu ses repères. Et si le public n’est pas dupé par les marxistes, il est néanmoins prêt à régurgiter les bêtises d’hier sur les “banquiers”, les “Illuminati” ou les “Juifs” – une régurgitation mal digérée de théories de la conspiration qui font remonter toutes les mauvaises actions aux Rothschild, aux Bilderberg ou aux reptiles de Zeta Reticuli.
Mais le problème commun, le problème central de notre époque, est un déficit d’âme – et par conséquent un déficit de réalité.

Eric Voegelin a écrit sur cette “perte de réalité” dans la sphère de la politique. Mais ce n’est pas seulement dans le domaine de la politique. Après tout, on nous dit qu’une fille n’est pas une fille et qu’un garçon n’est pas un garçon ; que chacun peut décider d’être l’autre sur un coup de tête. Après avoir inversé toute identité, il s’agit maintenant d’abattre les remparts d’une civilisation affaiblie, ne serait-ce que pour la raser. Et c’est exactement ce vers quoi nous nous dirigeons.

Lorsque nous entendons des politiciens parler de réchauffement global (ou de changement climatique), nous entendons de la folie. Lorsque nous entendons des politiciens dire que tout le monde devrait être vacciné contre le COVID-19, même ceux qui ont une immunité naturelle, nous entendons de la folie. Lorsque nous entendons parler de “la fin de l’histoire” et de “la fin de la guerre froide”, là encore, nous entendons quelque chose d’insensé. Mais les politiciens qui ont prononcé ces slogans croient vraiment à ce qu’ils disent. Et cela nous rattrape. La “perte de réalité” d’aujourd’hui dans le domaine de la politique va causer des millions de morts.

Il y a quelques semaines, j’ai eu un échange désagréable avec un officier de la CIA à la retraite qui a poussé un cri d’indignation lorsque j’ai évoqué le communisme comme un problème. “Le communisme ? !” a-t-il dit avec un air incrédule. “Qu’est-ce que le communisme ? Le communisme n’est rien !” Eh bien, lui ai-je répondu, vous pouvez penser cela ; mais essayez de le dire aux gens en Chine qui vivent sous ce régime. “La Chine est capitaliste”, fut sa réponse folle, comme si les pays dirigés par des communistes n’utilisaient jamais l’argent ou ne s’engageaient pas dans le commerce pour faire avancer leurs projets. Mais selon lui, la Chine ne peut donc pas être communiste.

Cet ancien fonctionnaire de la CIA avait confondu la réalisation finale d’une société communiste, qui, selon Marx, ne se produirait qu’après une révolution mondiale réussie, avec une société dirigée par des communistes qui tentent de provoquer cette révolution mondiale. En d’autres termes, il ne connaissait apparemment rien à la théorie communiste, aux objectifs communistes ou aux méthodes d’organisation communistes. En regardant le monde dans son ensemble, il ne voyait pas de menace communiste pour l’Amérique – une menace centrée sur Pékin et Moscou, une menace provenant d’Américains qui suivaient le programme du parti communiste. Il ne voyait que des politiciens nationaux corrompus. C’était, disait-il, notre seul problème. En d’autres termes, il avait déjà souffert d’une “perte de réalité” catastrophique. Il n’était pas capable de voir le problème plus large auquel notre civilisation était confrontée, et donc il ne pouvait pas voir la réalité devant lui. Un fait isolé n’est pas la réalité. En soi, il ne signifie absolument rien. La vérité et sa signification exigent un lien entre le fait et la réalité dans son ensemble. Si l’on n’a pas le sens de cette dernière, on ne peut pas utiliser le premier.

C’est là le fondement de la folie : n’avoir que des faits et aucune idée de la réalité dans son ensemble. On appelle cela “l’arbre qui cache la forêt”. Ce n’est qu’en ayant une vue d’ensemble que nous pouvons saisir correctement la signification des gros titres d’aujourd’hui. Mais qui est attentif ? La plupart de nos concitoyens n’ont aucune idée de la dangerosité de la situation. Les citoyens du monde entier ont été mené en bateau par un demi-siècle de mensonges, de désinformation et de faux récits. La réalité politique du citoyen moyen n’est pas une réalité du tout. Ce qui est écrit sur ce blog, par exemple, doit paraître fantaisiste à l’Américain moyen. Comment quelqu’un de marginal – en dehors des grands médias, en dehors du gouvernement – pourrait-il présenter des idées et des vérités que les grands médias ont manquées ?

Voici ce que je dis. Les médias mainstream sont fous. Leurs sujets sont aberrants. Comprenez ce qui s’est passé et ce qui va se passer : Notre société, notre gouvernement, notre culture, nos dirigeants, ont été trompés par leur ennemi. Et encore maintenant, presque personne ne l’a compris. Comment les communistes ont-ils trompé tout le monde ? Ils ont inventé une histoire sur la disparition du communisme, sur la fin de la guerre froide. Mais elle n’était pas terminée. Le communisme est entré dans la clandestinité et maintenant, pour ceux qui commencent à s’en rendre compte, le piège est en train de se refermer – des Antifas et de Black Lives Matter qui brûlent des bâtiments et pillent des magasins, à la Russie et à la Chine qui se préparent ouvertement à des frappes militaires. De plus, nous avons été attaqués par une arme biologique chinoise. Nous avons un président gauchiste corrompu qui a été élu grâce à la fraude. Et nous avons un ministère de la Justice qui ne veut pas enquêter sur les crimes commis par les marxistes.

De nombreux lecteurs seront incrédules. L’Amérique n’a pas pu être trompée, diront-ils. L’Amérique n’a pas pu être roulée dans la farine. Le pays n’est pas stupide, après tout. Les Américains ont des yeux. Nous lisons la presse. Nous regardons la télévision. Mais je dis, il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. Les faits ont toujours été là. Nous ne voulions juste pas les admettre.

LE POINT DE VUE DE VOEGELIN

Le politologue d’origine autrichienne Eric Voegelin (1901-1984) a fui vers l’Amérique après l’annexion de l’Autriche par le Reich d’Hitler en 1938. Né d’un père luthérien et d’une mère catholique, Voegelin a été élevé comme luthérien et a vu avec quelle facilité les nazis ont corrompu les luthériens et les catholiques. Cela l’a conduit à réaliser que la chrétienté n’est pas tout à fait chrétienne. L’indifférence ultérieure de Voegelin à l’égard du christianisme institutionnel découle, selon Eugene Webb, “d’expériences décevantes avec ses représentants.” Vivant à Vienne dans les années 1930, Voegelin a constaté que “tous les membres du clergé qu’il connaissait, à l’exception d’un seul, étaient nazis, et ses contacts avec le clergé en Europe de l’Est et de l’Ouest depuis la guerre semblaient lui indiquer une attitude tout aussi opportuniste de leur part à l’égard des pouvoirs communistes.”

C’est un témoignage sombre, mais qui représente une partie importante d’un tableau plus large. Prenons l’exemple du philosophe danois Søren Kierkegaard, dont les dernières années ont été consacrées à une attaque contre l’Église du Danemark – rédigée sous le titre, Attaque contre la chrétienté – dans laquelle il qualifiait l’Église institutionnelle de “ruse scélérate”. L’Église du Danemark, expliquait-il, ne ressemblait pas plus au christianisme du Nouveau Testament qu'”un carré ne ressemble à un cercle”. La vérité est quelque chose qui appartient à l’esprit, à l’âme. Elle n’appartient pas à une institution. Elle n’appartient pas à l’État, ni aux serviteurs de l’État, ni à ceux qui courent après l’argent. Ce qui est simplement plausible, facilement compris et profitable, n’est pas la vérité.

Kierkegaard a objecté que “l’éternel n’est pas une chose que l’on peut avoir indépendamment de la manière dont on l’acquiert”. Ce qu’il veut dire, c’est que “l’éternel s’acquiert … de la manière difficile que le Christ a indiquée par les mots : “Etroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et rares sont ceux qui les trouvent”.

Le concept de “réalité politique” de Voegelin est fondé sur la spiritualité et se situe en dehors des conceptions et des “créatures” institutionnelles. Par conséquent, le chemin vers la “réalité politique” est également étroit. La vérité sur la politique n’est pas défendue par les partis politiques, les institutions étatiques ou les écoles de sciences politiques. La porte de la vérité est étroite, et rares sont ceux qui la trouvent. On pourrait se demander pourquoi une institution, étant donné ce qu’elle est, devrait privilégier la vérité plutôt que l’intérêt de ses administrateurs. La triste réponse est qu’il n’existe pas d’institution qui valorise la vérité pour elle-même, car les institutions et ceux qui les composent ne valorisent que ce qui sert immédiatement leurs intérêts. Et comme nous le savons tous, le mensonge sert souvent plus facilement de tels intérêts que la vérité.

Partout, les gens veulent que la vérité soit simple, afin de pouvoir prétendre la comprendre. Partout, les gens veulent que la vérité conforte leurs préjugés, afin de pouvoir se sentir bien avec elle. Partout, on attend de la vérité qu’elle soit rentable, afin de pouvoir en tirer de l’argent. Pourtant, la vérité n’est rien de tout cela. Vous voulez la vérité ? – alors prenez votre croix.

Nous aimons tous imaginer que nous sommes du côté de la vérité. Regardez les Allemands en 1939. Ils pensaient qu’ils avaient raison de suivre Hitler. Et l’Allemagne nazie était une nation pratiquante. Les Allemands, en fait, se considéraient comme “décents”. Mais il y avait quelque chose qui clochait dans cette décence. Il y avait quelque chose de corrompu en elle. Il en va de même pour la décence de l’Amérique d’aujourd’hui. Je ne dis pas que l’Amérique est un pays nazi. Non. Mais l’Amérique est intérieurement corrompue – à droite comme à gauche. Cela ne veut pas dire que les autres pays sont meilleurs. L’humanité entière – et plus encore de nos jours – souffre d’une sorte de dégénérescence, et il ne sert à rien de se voiler la face à ce sujet.

Pour citer à nouveau ce verset : “Étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et rares sont ceux qui les trouvent.” Notre civilisation s’effondre parce que nous souffrons d’une “perte de réalité”. Notre civilisation s’effondre parce que nous avons perdu notre chemin. Nous sommes pris dans un filet de mensonges parce que nous préférons les mensonges. Richard Weaver avait raison lorsqu’il dénonçait le scepticisme moderne concernant la bonté, la vérité et la beauté objectives. Nous ne nous sentons pas concernés par la vérité, a-t-il écrit. Nous ne nous concentrons pas sur la bonté. Notre perte de réalité est doublement prise en compte ici ; car ceux qui ne se soucient pas de la vérité pourraient bien être poussés à la folie par leur empressement à embrasser le mensonge ; et ceux qui ne se soucient pas de la bonté, par nature, succombent à cette folie particulière appelée “le mal”.

Même le philosophe païen Julius Evola a écrit qu’un “réalisme transcendantal” est la base de toutes les civilisations – chrétiennes et païennes. Ce n’est qu’aujourd’hui, sous la société laïque, que nous nions que le réalisme transcendantal soit possible. Selon d’anciens textes sanskrits, l’ère dans laquelle nous vivons actuellement était annoncée comme un “âge sombre” dans lequel la vérité spirituelle serait éclipsée par l’habileté mécanique et les connaissances techniques. Cet âge était décrit comme celui de “la fausseté, du mal ou de l’irréalité”. Ici, à nouveau, nous rencontrons le thème de Voegelin – pour qui nous souffrons d’une “perte de réalité”. Et c’est la cause profonde du totalitarisme moderne.

La plus grande obscurité, selon Voegelin, vient de ceux qui prétendent à la connaissance absolue – qui parlent de “preuve absolue” de choses qui ne peuvent être connues. Voegelin qualifie ces personnes de “gnostiques”. Il s’agit notamment des croyants chiliastiques du Moyen Âge et de la Renaissance, qui ont créé des pseudo mouvements politiques messianiques “en termes d’apocalypse judéo-chrétienne”. Il s’agissait en fait de sectes communistes fanatiques – précurseurs du communisme marxien – telles que décrites par Igor Shafarevich dans son magnifique ouvrage, Le phénomène socialiste.

Dans son introduction au livre de Shafarevich, Alexandre Soljenitsyne explique qu'”il n’existe même pas de socialisme précis et distinct ; au lieu de cela, il n’y a qu’une vague notion de quelque chose de noble et de bon; d’égalité, de propriété commune et de justice : l’avènement de ces choses apporterait alors une euphorie instantanée et un ordre social irréprochable”. En d’autres termes, le socialisme est une réaction contre les dures réalités du monde. Voegelin a écrit : “La rébellion de l’âme contre l’ordre du cosmos, la haine des dieux et la révolte des Titans” étaient connues des Grecs anciens. Nous avons, dans nos enseignements chrétiens, l’histoire de la rébellion de Satan contre Dieu. C’est ce que représente le marxisme. C’est la vieille histoire de la rébellion. C’est ce que signifie le totalitarisme. Selon Voegelin, les totalitaires qui prétendent au savoir “absolu” doivent aussi prétendre au “pouvoir absolu” dans leur “révolte contre Dieu”. Tout ce processus procède d’une série de mensonges. Rien de tout cela n’ouvre l’âme à la sagesse, mais à “la persistance dans l’imposture, où la révolte contre Dieu se révèle être le motif et le but.”

Il est bizarre, bien sûr, que des athées veuillent assumer la fonction de Dieu. Mais comme le disait Jung, “on peut toujours enlever à l’homme ses dieux, mais seulement pour lui en donner d’autres en retour”. Les nouveaux dieux, bien sûr, sont les bâtisseurs de l’avenir communiste de l’homme. Ils veulent être Dieu, dit Voegelin, “pour des raisons insondables”. Mais ici, je me tourne vers le livre de Kierkegaard, Traité du désespoir. Tout le problème peut être résolu, suggère Kierkegaard, lorsque nous réalisons que l’athée a commis le “péché de désespoir” ; car c’est le contraire de la foi et l’origine de ce que Kierkegaard appelle “l’intensification de la désobéissance : le péché comme amplification du désespoir.” Voilà l’erreur ultime – l’erreur qui imprègne la modernité. Elle est au cœur de l’être du révolutionnaire. Il veut être lui-même “par dépit”, dit Kierkegaard. Il adhère “par malice”.

Kierkegaard ajoute : “Se rebellant contre toute existence, il pense avoir obtenu des preuves contre [l’existence], contre sa bonté. La personne désespérée croit qu’elle est elle-même cette preuve, et c’est ce qu’elle veut être… afin de se protéger contre toute existence….”.

Ceux qui ont vu de près le révolutionnaire marxiste peuvent témoigner de la réalité du désespoir marxiste. Voegelin, bien sûr, a raison de dire que l’auto-illusion du révolutionnaire implique la prétention d’aspirer à un idéal surhumain. En vérité, le révolutionnaire n’est pas tourné vers l’avenir. Il n’est pas spirituellement satisfait ou heureux. Il s’apitoie sur son sort. Selon Voegelin, la danse dionysiaque de Nietzsche est donc un masque. Son “surhomme” est un imposteur. L’idéal du nouvel l’homme soviétique était également une escroquerie. Tous les mensonges de Marx, les mensonges de Lénine, et les mensonges socialistes sont des masques derrière lesquels se cache un noir désespoir. La volonté de pouvoir, l’aspiration au pouvoir politique par le biais de la révolution, n’est qu’un narcotique utilisé pour chasser ce désespoir.

Pourquoi sont-ils si désespérés ? Pourquoi ont-ils “perdu le sens de la réalité” ? Parce que ces gens n’ont aucune foi, aucun intérêt réel pour la vérité, et sont possédés par ce que Voegelin appelait une “mendicité démoniaque”. Il s’agit d’un réseau imbriqué de désillusions, enraciné dans l’arrogance spirituelle. Par conséquent, ces personnes ont besoin de médicaments psychiatriques. La dépression est un corrélat de leur narcissisme et de leur psychopathie. Ces personnes ne nous feront pas entendre la rengaine stoïque des anciens philosophes, à savoir que la philosophie est au-dessus du destin, non corrompue par le désir ou l’illusion de soi. Les nombreux dons de nos intellectuels désespérés sont perdus à cause du piètre esprit sportif de ces « amoureux de l’humanité ». A quoi s’attendaient-ils ? S’ils avaient aimé Dieu, au lieu d’aimer “le peuple”, ils auraient pu découvrir la foi, ils auraient pu découvrir la vérité. Mais non, il fallait qu’ils aiment “l’humanité”.

Que peut-on en conclure ? L’amour à sens unique est une garce.

Hélas, ce mélodrame est un chapitre de plus dans le livre de la désillusion. Si vous écoutez le rebelle moderne, il passe facilement de son amour du “peuple” à son amour pour lui même. Cela nous amène à la célèbre déclaration de Nietzsche : “S’il y avait des dieux, comment pourrais-je supporter de ne pas être l’un d’eux ?” Marx est allé encore plus loin. Sa pensée secrète était : “Qu’il y ait des dieux ou non, comment pourrais-je supporter de ne pas en être un ?”
Le projet fou de remplacer l’ancien monde de Dieu par le nouveau monde de l’homme – en tant qu’œuvre de l’homme – est le “point central de la gnose de Marx “, écrivait Voegelin. Le marxisme n’est donc pas seulement un tas d’escroqueries intellectuelles, car le meurtrier de Dieu est aussi un meurtrier de masse. La logique de tout cela saute aux yeux – que l’on soit athée, païen ou chrétien.

Croire à un mensonge, faire le monde à l’image de ce mensonge, c’est le sens dans lequel Marx a cherché à être un créateur à la place de Dieu. Le type de monde qu’il a promis de créer, selon Voegelin, est une “réalité alternative”, une “escroquerie” née d’une pathologie spirituelle (comprendre : le traité du désespoir), qui renforce le désespoir originel du révolutionnaire tout en doublant sa malice.

Voilà le fondement de la folie politique d’aujourd’hui. Carl Jung, écrivant il y a plus de soixante ans, disait : “Le changement doit commencer par un individu ; cela peut être n’importe lequel d’entre nous. Personne ne peut se permettre de regarder autour de lui et d’attendre que quelqu’un d’autre fasse ce qu’il répugne à faire lui-même.” Jung raconte ensuite l’histoire d’un rabbin à qui l’on demandait pourquoi Dieu se montrait dans les temps anciens mais que personne ne le voyait aujourd’hui. Le rabbin répondit : “Il n’existe pas de nos jours d’individu prêt s’abaisser à ce point.” Jung a poursuivi en disant que Dieu nous parle réellement, même aujourd’hui. Mais il doutait qu’il y ait beaucoup de gens prêts à “s’abaisser à ce point” pour “envisager la possibilité que la vox Dei puisse être perçue dans un rêve”.

lien vers l’article original

Pour aller plus loin, voir l’interview de Jeff Nyquist par Jean Robin en cliquant sur l’image ci-dessous.

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